Le gazoduc Nigeria-Maroc pourrait renforcer la position du Rabat – aux dépens de l’Algérie
Estimé à 23 milliards d’euros et traversant 13 pays africains, le projet, approuvé le 19 juillet, fait toutefois face à plusieurs obstacles. L’article Le gazoduc Nigeria-Maroc pourrait renforcer la position du Rabat – aux dépens de l’Algérie est apparu en premier sur Le Grand Continent..
Le 19 juillet 2026, lors du 69e sommet de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), 12 pays membres ont officiellement lancé la construction d’un gazoduc géant reliant le Nigeria au Maroc. Ce projet, long de 6 000 kilomètres, traversera 13 pays africains situés sur la façade atlantique du continent. Son coût est estimé à 23 milliards d’euros, ce qui en fait l’un des projets d’infrastructure les plus ambitieux du continent. L’idée, initialement proposée il y a dix ans par le roi du Maroc, Mohammed VI, a été relancée en raison des tensions géopolitiques mondiales, notamment la guerre en Iran, qui ont perturbé le marché du gaz. Les premières livraisons de gaz sont prévues pour 2031, avec une capacité annuelle de 30 milliards de mètres cubes, soit un peu plus de la moitié de la capacité du gazoduc Nord Stream, qui approvisionnait l’Europe en gaz russe jusqu’en 2022.
Le Nigeria et le Maroc sont les deux acteurs principaux de ce projet. Le Nigeria, 15e producteur de gaz au monde et 2e d’Afrique après l’Algérie, cherche à diversifier ses exportations, car les marchés occidentaux réduisent leur consommation d’hydrocarbures. Ce gazoduc lui permettrait d’accroître son influence en Afrique de l’Ouest francophone. Le Maroc, quant à lui, ne possède presque pas de ressources fossiles. Il voit dans ce projet une opportunité de sécuriser son approvisionnement en gaz et de renforcer ses liens géopolitiques avec l’Afrique subsaharienne. Ce projet s’inscrit dans le cadre de la rivalité historique entre le Maroc et l’Algérie, deux pays qui se disputent l’influence régionale.
Ce gazoduc pourrait modifier l’équilibre des pouvoirs en Afrique du Nord. Le Maroc, en se connectant au gazoduc Maghreb-Europe qui relie l’Espagne et le Maroc, deviendrait un État connecteur entre l’Europe et l’Afrique. Cela renforcerait sa position face à l’Algérie, qui domine actuellement le secteur énergétique dans la région sahélienne. L’Algérie, qui porte depuis les années 2000 un projet concurrent de gazoduc reliant le Nigeria à Hassi R’Mel (via le Niger), pourrait perdre son avantage. Cependant, le tracé nigérian-algérien traverse des zones instables du Sahel, où sévissent des groupes terroristes, ce qui rend son projet plus risqué.
Malgré son ambition, le projet fait face à plusieurs défis. Le financement, estimé à 23 milliards d’euros, pourrait être alourdi par l’inflation, elle-même influencée par la situation au Moyen-Orient. Le contexte sécuritaire est également préoccupant : présence de groupes armés islamistes, piraterie dans le golfe de Guinée et coups d’État récurrents dans les pays traversés. Ces menaces pourraient retarder ou compromettre la construction du gazoduc, prévue pour débuter en 2028. Une société ad hoc sera créée au Maroc pour superviser les travaux, tandis que la gouvernance du projet sera basée à Abuja, au Nigeria.

