La violence verbale à l’école : préoccupante, selon une vaste étude québécoise
Les insultes et le manque de respect sont parmi les formes de violence les plus répandues à l'école au Québec..
Une étude inédite menée dans les écoles québécoises après la pandémie révèle que les insultes et le manque de respect entre élèves sont les formes de violence les plus fréquentes. Réalisée dans 440 écoles représentant environ 100 000 élèves, cette enquête est la première de cette envergure au Québec. Les résultats préliminaires indiquent qu’environ le tiers des élèves du primaire (soit 33 %) et le quart des élèves du secondaire (25 %) affirment subir des insultes souvent ou très souvent à l’école. Ces chiffres placent la violence verbale, plus répandue que la violence physique, comme le problème numéro un dans les établissements scolaires. Les chercheurs François Bowen, Éric Morissette et Caroline Levasseur, tous de l’Université de Montréal, soulignent que ce phénomène s’étend au-delà des salles de classe, touchant aussi les couloirs, les cours d’école et les réseaux sociaux.
L’étude montre que la violence verbale est plus présente que la violence physique dans les écoles québécoises. Environ 7 % des élèves du secondaire déclarent subir des coups souvent ou très souvent, contre 13 % pour les élèves du primaire. Les chercheurs expliquent cette différence par le développement incomplet des mécanismes d’auto-régulation chez les plus jeunes, qui ont encore du mal à gérer leurs émotions et leurs comportements. François Bowen, professeur en psychopédagogie, précise que ces mécanismes s’acquièrent avec l’âge. Éric Morissette ajoute que la violence verbale, qui inclut aussi le manque de respect envers les adultes, suit une logique similaire : elle est plus marquée chez les jeunes enfants, mais peut persister si elle n’est pas adressée tôt. Les interventions en primaire semblent porter leurs fruits, réduisant progressivement ces comportements.
Les résultats de l’étude révèlent une contradiction entre la perception des élèves et leur réaction face à la violence verbale. Lorsqu’on les interroge par questionnaire, ils reconnaissent que les insultes les dérangent. Cependant, dès qu’un adulte intervient, ils minimisent souvent ces actes en les qualifiant de blagues ou de jeux entre amis. Éric Morissette, cochercheur, explique que les jeunes ont tendance à banaliser ces comportements, pensant qu’ils font partie de leur dynamique sociale. Cette attitude peut rendre difficile l’identification des situations problématiques par les enseignants ou les parents. Les chercheurs soulignent l’importance de travailler sur ces perceptions pour prévenir l’escalade vers des formes plus graves de violence, comme le harcèlement ou les agressions physiques.
Les chercheurs mettent en lumière le rôle central du langage dans la socialisation des élèves. Éric Morissette, professeur en sciences de l’éducation, rappelle que l’école a trois missions principales : instruire, socialiser et qualifier. Le langage, notamment l’oral, est un outil clé pour remplir ces missions, car il permet de résoudre des conflits et de communiquer de manière constructive. Une communication positive, encourageant l’utilisation de formulations au je (par exemple, Je me sens blessé quand tu me parles ainsi au lieu de Tu es méchant), peut réduire les écarts de langage et prévenir l’intimidation. Morissette cite des études montrant que plus le langage est insatisfaisant dans une école, plus le climat social y est tendu. Former les élèves à un langage respectueux pourrait donc limiter les risques de violence.
Bien que d’autres indicateurs suggèrent une augmentation de la violence en milieu scolaire au Québec, cette étude ne permet pas encore de confirmer cette tendance. François Bowen précise que les résultats actuels sont préliminaires et difficilement comparables avec les enquêtes antérieures, réalisées avant la pandémie. Il nuance les alertes lancées par certains syndicats ou acteurs du milieu, estimant que la violence fluctue selon les ressources et l’organisation interne des écoles. Pour obtenir une vision plus claire, une vaste enquête sera menée dans environ 1 000 écoles québécoises d’ici 2027, en collaboration avec le ministère de l’Éducation. Cette étude inclura aussi des données sur la violence subie par le personnel scolaire, complétant ainsi le portrait dressé par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), qui réalise une enquête parallèle.

