Une nouvelle solution pour lutter contre le dépérissement de la vigne dans les vignobles alsaciens
Vignoble de Wihr-au-Val, dans le Haut-Rhin. Virginie Wetta , Fourni par l'auteur L’ESSENTIEL Dans les vignobles, les maladies du bois font des ravages.
Les maladies du bois (MDB) de la vigne, comme l’Esca ou le Black Dead Arm (BDA), causent des dégâts majeurs dans les vignobles. Ces maladies, causées par des champignons pathogènes, provoquent le dépérissement et la mort des ceps (troncs de vigne), entraînant des pertes économiques estimées à 1,3 milliard d’euros par an dans le monde. En France, premier exportateur mondial de vins, ces maladies obligent les viticulteurs à arracher et replanter les ceps, avec un délai moyen de 5 ans avant que les jeunes plants ne deviennent productifs. Cette attente réduit non seulement les revenus des producteurs, mais aussi la qualité des vins produits. Les symptômes incluent un jaunissement des feuilles, un dessèchement des grappes et, dans les cas graves, la mort soudaine du cep, un phénomène appelé apoplexie.
Jusqu’en 2001, les viticulteurs français utilisaient l’arsénite de sodium, un antifongique très efficace contre les MDB. Cependant, ce produit a été interdit en raison de sa toxicité élevée pour l’humain et l’environnement. Depuis, aucun traitement phytosanitaire commercialisé n’a atteint une efficacité comparable tout en respectant les normes réglementaires actuelles. Cette interdiction a poussé le secteur viticole à chercher des alternatives moins nocives, notamment dans le cadre du plan Écophyto II+, lancé en 2018 par le gouvernement français. Ce plan vise à réduire l’usage des pesticides et à promouvoir des solutions plus respectueuses de la santé et de l’écosystème.
Une équipe de chercheurs de l’Université de Haute-Alsace a développé une méthode innovante appelée endothérapie végétale verticale. Cette technique consiste à injecter directement un produit antifongique au cœur du bois de la vigne, en perçant le cep au niveau de la tête pour cibler l’amadou, une pourriture blanche causée par les champignons pathogènes. Cette approche permet de concentrer le traitement sur la zone infectée, évitant ainsi une dispersion inutile du produit dans l’environnement. Le laboratoire a également testé une molécule prometteuse : le subsalicylate de bismuth (BSS), un composé déjà utilisé en médecine pour traiter les troubles digestifs.
Le BSS est un sel composé d’acide salicylique (proche de l’aspirine) et de bismuth, connu pour ses propriétés antibactériennes et gastro-protectrices. Les chercheurs ont formulé ce composé dans du polyéthylène glycol 200 (PEG 200), un polymère liquide utilisé en cosmétique et en pharmacie, pour créer une solution adaptée à l’injection dans les ceps. Les tests en laboratoire ont montré que cette formulation conservait les propriétés antifongiques du BSS et améliorait son efficacité grâce à une meilleure biodisponibilité, c’est-à-dire une capacité accrue à atteindre et neutraliser les champignons pathogènes. Quatre champignons responsables des MDB ont été ciblés avec succès.
Avant d’envisager une utilisation en plein champ, les chercheurs ont mené une étude écotoxicologique pour évaluer l’impact du BSS formulé sur l’environnement. Les résultats ont confirmé l’absence de toxicité pour les sols et les eaux, un critère essentiel pour une utilisation durable. Cette étape a permis de passer aux essais sur le terrain. Quatre parcelles de vignes en Alsace, plantées avec des cépages sensibles aux MDB (Riesling et Gewurztraminer), ont été traitées manuellement avec la solution de BSS, à raison de trois injections par an pendant quatre ans. Chaque traitement durait environ 1 minute et 30 secondes par cep.
Les essais en vignoble ont montré une efficacité encourageante du traitement au BSS formulé. Les ceps traités présentaient une réduction des symptômes par rapport aux ceps non traités ou traités avec un placebo. Bien que les données soient encore en cours d’analyse statistique, ces résultats laissent entrevoir une solution curative viable pour lutter contre les MDB. Si les tests confirment ces observations, cette méthode pourrait devenir une alternative durable et respectueuse de l’environnement aux traitements phytosanitaires traditionnels, offrant ainsi aux viticulteurs une arme supplémentaire contre ce fléau qui menace leur activité.

