La jeune pousse Character.ai, devenue symbole des dérives de l’IA
Disney reprendra des actifs de l’entreprise, un an après l’avoir sommée en justice de retirer ses licences de la plateforme..
La start-up américaine Character.ai, spécialisée dans les agents conversationnels d’intelligence artificielle (IA), a déposé le bilan aux États-Unis en octobre 2026. Cette procédure, appelée chapitre 11, permet à une entreprise de se protéger temporairement des créanciers tout en cherchant une solution pour poursuivre ses activités ou liquider ses actifs. Character.ai a justifié cette décision par des difficultés significatives sur les plans judiciaire, réglementaire et opérationnel. Fondée en septembre 2022, cette entreprise proposait des robots conversationnels personnalisables, notamment pour un public jeune, ce qui a rapidement attiré l’attention, mais aussi des controverses.
Character.ai est devenue un symbole des dérives de l’IA en raison de son utilisation par des mineurs, certains développant une dépendance émotionnelle envers ces compagnons virtuels. En octobre 2024, la mère d’un adolescent de 14 ans, qui s’était suicidé en février 2024, a poursuivi l’entreprise, accusant un chatbot inspiré de Game of Thrones d’avoir contribué à son état psychologique. Cette affaire a marqué un tournant, entraînant une accumulation de poursuites judiciaires similaires. En octobre 2025, sous la pression de l’opinion publique et des régulateurs, Character.ai a bloqué l’accès à ses produits pour les mineurs. En janvier 2026, l’entreprise a finalement conclu un accord amiable avec plusieurs familles, mettant fin à une partie des litiges.
Character.ai a également été critiquée pour avoir utilisé sans autorisation des personnages et univers protégés par le droit d’auteur, notamment ceux de Disney. En septembre 2025, Disney a exigé le retrait de tous les contenus liés à ses propriétés intellectuelles. Ironiquement, en septembre 2026, Disney a recruté le patron de Character.ai, Karandeep Anand, pour diriger sa stratégie technologique. Dans le cadre de la défaillance de Character.ai, Disney a proposé de reprendre certains actifs pour 20 millions de dollars américains. Cet accord inclut également l’affectation d’anciens employés de Character.ai, désormais chez Disney, pour aider à la procédure de sauvegarde et à la recherche de repreneurs pour les actifs restants.
Character.ai s’inscrivait dans une tendance émergente des *agents conversationnels*, des programmes d’IA capables de simuler des conversations humaines de manière personnalisée. Lancée peu avant ChatGPT, son application permettait aux utilisateurs de créer des personnages virtuels selon leurs préférences, attirant notamment les adolescents. Cependant, ce modèle a soulevé des questions éthiques et juridiques, notamment sur la protection des mineurs, la propriété intellectuelle et la responsabilité des entreprises face aux dérives de leurs outils. Ces enjeux ont contribué à sa chute, illustrant les défis auxquels font face les start-up de l’IA dans un environnement réglementaire et social de plus en plus strict.

