Monsieur le Premier Ministre St-Pierre Plamondon, Washington vous attend
La relation du Québec avec les États-Unis doit être le premier grand chantier économique de votre mandat..
Le premier ministre élu du Québec, Paul St-Pierre Plamondon, a une opportunité exceptionnelle de faire de la relation avec les États-Unis le premier grand projet économique de son mandat. Cette occasion s’inscrit dans un contexte marqué par plusieurs défis : une crise tarifaire entre le Canada et les États-Unis, l’avenir de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), et la réorganisation des chaînes d’approvisionnement en Amérique du Nord. L’ACEUM, signé en 2018, a permis de préserver l’essentiel de l’accès au marché nord-américain pour le Canada, mais au prix de concessions importantes dans des secteurs comme la production laitière, avicole et ovine. Ces compromis montrent que les intérêts des régions canadiennes ne coïncident pas toujours, et que le Québec doit agir rapidement pour défendre ses secteurs avant que les positions ne se figent. Le Québec ne peut plus se contenter d’être représenté par Ottawa sans être présent activement sur place.
Depuis le début de la crise tarifaire, un climat de méfiance s’est installé entre le Canada et les États-Unis. Cependant, l’article souligne qu’il est possible de contester les politiques d’un gouvernement tout en maintenant une relation commerciale solide avec son premier partenaire économique. Les chefs d’entreprise québécois, qui connaissent bien le marché américain et y investissent, n’ont pas peur des Américains. Ils attendent plutôt de leur gouvernement qu’il les soutienne activement sur ce terrain plutôt que de s’en éloigner. Le Québec doit donc adopter une approche pragmatique, fondée sur la collaboration et la défense de ses intérêts économiques, sans tomber dans une logique de confrontation permanente. Cette approche vise à rétablir la confiance et à favoriser les échanges commerciaux.
Pour renforcer sa présence aux États-Unis, le Québec doit transformer ses représentations locales en véritables portes d’entrée commerciales. Cela implique de former des équipes capables d’ouvrir l’accès aux marchés publics fédéraux et aux contrats dans le secteur de la défense, d’identifier les États américains où les secteurs québécois ont le plus de potentiel, et d’accompagner les PME locales jusqu’à la signature de contrats. La stratégie doit aussi inclure le recrutement de personnes issues du milieu des affaires américain pour faciliter les échanges. Les résultats doivent être mesurés en termes d’opportunités commerciales concrètes, plutôt qu’en nombre de réceptions ou de rencontres. Cette approche nécessite une coordination étroite entre le gouvernement québécois et les entreprises locales pour maximiser l’impact des actions menées.
Une mission officielle du premier ministre québécois à Washington dans les 100 premiers jours de son mandat, accompagnée d’une délégation d’entrepreneurs et d’experts économiques, serait un signal fort pour les décideurs américains. Cette initiative doit être portée au plus haut niveau politique et s’accompagner de la nomination d’un ministre clairement responsable de la relation Québec–États-Unis. Ce ministre aurait pour mission de définir des objectifs publics et d’assurer le suivi de la stratégie. Cette démarche s’inscrit dans la continuité de la doctrine Gérin-Lajoie, qui permet au Québec d’exercer ses compétences internationales. Elle ne s’oppose pas à Ottawa, mais vise à renforcer la position canadienne en offrant un interlocuteur québécois stable et prévisible aux États-Unis.
L’article insiste sur la nécessité d’adopter une relation d’affaires lucide avec les États-Unis, fondée sur les intérêts mutuels et les avantages que le Québec apporte à l’économie américaine. Les secteurs clés à défendre incluent l’aluminium, l’hydroélectricité, l’aérospatiale, le bois et la défense. Il ne s’agit ni de capituler devant Washington ni d’entrer dans une escalade commerciale permanente, mais de construire une relation équilibrée et bénéfique pour les deux parties. Les entrepreneurs québécois attendent des actions concrètes plutôt que des discours. Le premier ministre doit donc prendre l’initiative de cette relation, en montrant que le chemin vers la prospérité du Québec passe aussi par une présence active et stratégique à Washington.

