En 1917, ce sous-marin était coulé par une mine britannique - aujourd'hui, du TNT fuit de l'épave et pourrait contaminer les écosystèmes à des kilomètres à la ronde
Les fonds de la mer du Nord forment un cimetière de navires coulés pendant deux guerres mondiales. Longtemps crues inertes, ces coques d'acier rouillent et laissent fuir leur cargaison d'explosifs.
Le 28 octobre 1917, pendant la Première Guerre mondiale, un sous-marin allemand, le UC-79, a été coulé par une mine britannique au large des côtes danoises. Ce type de sous-marin, appelé U-Boot (abréviation de Unterseeboot, « bateau sous-marin » en allemand), était utilisé par l’Allemagne pour perturber les routes maritimes ennemies. Le UC-79 faisait partie d’une classe de sous-marins spécialisés dans la pose de mines, des engins explosifs placés sous l’eau pour endommager ou détruire les navires adverses. Après 107 ans au fond de la mer Baltique, l’épave du UC-79 est aujourd’hui un vestige de l’histoire militaire, mais aussi une source potentielle de pollution.
L’épave du UC-79 contient encore des munitions non explosées, notamment des mines et des torpilles, chargées en TNT (abréviation de trinitrotoluène, un explosif puissant utilisé pendant les deux guerres mondiales). Avec le temps, la corrosion a fragilisé la structure du sous-marin, permettant au TNT de s’échapper lentement dans l’eau. Le TNT est un composé chimique toxique, connu pour sa persistance dans l’environnement et ses effets nocifs sur les organismes aquatiques. Des études récentes ont confirmé des fuites de TNT autour de l’épave, posant un risque pour les écosystèmes marins à proximité.
Les fuites de TNT pourraient contaminer les fonds marins sur plusieurs kilomètres autour de l’épave. Le TNT se dégrade lentement et peut s’accumuler dans les sédiments, les algues et les organismes marins, comme les poissons et les crustacés. Une exposition prolongée à ce composé peut entraîner des mutations génétiques, des troubles du développement ou même la mort des espèces sensibles. Les scientifiques craignent que cette pollution ne perturbe durablement la biodiversité locale, notamment dans une zone déjà fragilisée par les activités humaines. Des analyses sont en cours pour évaluer l’étendue exacte de la contamination.
Le cas du UC-79 n’est pas isolé : de nombreuses épaves de la Première et de la Seconde Guerre mondiale, dispersées dans les océans, contiennent encore des munitions non explosées. Ces vestiges posent un double problème : d’une part, ils représentent un danger pour la navigation (risque d’explosion accidentelle), et d’autre part, ils libèrent des substances toxiques dans l’environnement. En mer Baltique, où reposent des centaines d’épaves, les autorités locales et les scientifiques tentent de cartographier ces sites pour évaluer les risques et, si possible, neutraliser les munitions restantes.
Pour limiter la pollution, plusieurs pistes sont explorées. La première consiste à surveiller les fuites de TNT et à modéliser leur dispersion dans l’eau à l’aide de capteurs et de drones sous-marins. Une autre approche, plus radicale, serait de récupérer les munitions restantes et de les neutraliser en milieu contrôlé. Cependant, ces opérations sont complexes et coûteuses, en raison de la profondeur des épaves et de la dangerosité des opérations. En attendant, les scientifiques appellent à une prise de conscience internationale pour gérer ce patrimoine historique et environnemental.

