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La porte rouge, un théâtre professionnel de sous-sol d’église

Le Devoir · mis à jour il y a 2 j

La coopérative La porte rouge lance sa première programmation de quatre spectacles..

Un théâtre coopératif

La porte rouge est une coopérative théâtrale professionnelle fondée en 2018 à Montréal, située dans le sous-sol de l’église Sainte-Thérèse-de-l’Enfant-Jésus à Villeray. Ce théâtre de quartier se distingue par son modèle économique alternatif : il s’agit d’une structure collective où les décisions sont prises démocratiquement par ses membres. Ces derniers, au nombre d’une quarantaine, s’engagent à consacrer 10 heures par an à des tâches collectives, comme l’entretien ou la logistique. Les membres sont de deux types : des artistes expérimentés, souvent âgés de 60 ans et plus, et de jeunes comédiens fraîchement sortis des écoles de théâtre, âgés de 20 à 30 ans. Ce modèle vise à offrir une grande autonomie aux artistes, sans les contraintes administratives lourdes des compagnies théâtrales traditionnelles.

Une salle modeste mais polyvalente

La salle de La porte rouge, située dans un sous-sol d’église, compte seulement 70 places assises, toutes équipées de sièges rouges. L’espace est aménagé de manière simple et récupérée, avec des meubles et des éléments de décoration issus de dons ou de récupération. Malgré sa modestie, cette salle sert à la fois de studio de répétition, de lieu de formation et de scène pour des spectacles professionnels. Les prix des billets sont accessibles : 25 $ pour tous, 22 $ pour les résidents de Villeray, et 20 $ pour les étudiants et les aînés. La coopérative partage également l’espace avec le diocèse de Montréal, qui utilise l’église pour des offices religieux. Les sons des messes peuvent parfois se mêler aux représentations théâtrales, créant une ambiance unique.

Une programmation variée

Pour sa première saison, La porte rouge propose une programmation de quatre spectacles, dont deux monologues : Novecento, écrit par Alessandro Baricco et interprété par Silvio Orvieto sous la direction de Cristina Iovita, ainsi que La Contrebasse de Patrick Süskind, mis en scène par Peter Batakliev. La coopérative organise également des ateliers de formation professionnelle animés par des artistes comme Catherine Cédilot et Peter Farbridge. Ces ateliers s’adressent aussi bien aux membres de la coopérative qu’au grand public, avec des activités comme une chorale ou des cours de jeu théâtral. La première saison a affiché complet pour ses premières représentations, témoignant d’un vif intérêt pour ce projet.

Les avantages du modèle coopératif

Les membres de La porte rouge soulignent plusieurs avantages à ce modèle coopératif. Cristina Iovita, metteuse en scène, évoque la liberté artistique qu’offre cette structure, sans les contraintes liées aux mandats des théâtres traditionnels. Peter Batakliev, quant à lui, apprécie de ne plus avoir à déposer des demandes de subventions répétées pour financer ses projets. Robert Reid, qui enseigne le jeu théâtral à l’université Concordia, met en avant la communauté solidaire d’artistes partageant une vision commune. Ce modèle s’inspire des coopératives artistiques italiennes, comme celles de Bologne, où l’autonomie et la pérennité des projets sont favorisées. Il contraste avec le modèle québécois, où les artistes doivent souvent créer une compagnie pour obtenir des subventions, ce qui implique une charge administrative importante.

Un spectacle phare : Il y a quelque chose de pourri

Il y a quelque chose de pourri est un spectacle de théâtre d’objets créé et interprété par Pier Porcheron, qui en a donné environ 400 représentations depuis 2024. Cette pièce propose une relecture déjantée et humoristique de Hamlet de Shakespeare, où les personnages sont incarnés par des objets du quotidien. Par exemple, Gertrude est représentée par une bouilloire rouge à pois blancs, tandis que Laërte est une meuleuse à métal. Le spectacle, accessible dès 13 ans, est une introduction ludique et originale à l’œuvre de Shakespeare. À La porte rouge, il sera joué du 22 au 24 octobre et du 13 au 15 novembre 2026. Pier Porcheron y est salué pour sa précision dans le jeu, son timing et ses effets physiques, offrant une expérience à la fois accessible et inventive.

Ce que ça pourrait changer

Malgré son succès initial, La porte rouge fait face à des défis. Peter Batakliev souligne le besoin de stabiliser le bail pour assurer la pérennité du projet sur le long terme, comme cinq ou dix ans. Robert Reid estime que la coopérative manque d’une personne dédiée aux communications pour mieux toucher les résidents de Villeray et des environs. Actuellement, les spectacles affichent complet, mais la structure reste fragile en raison de son modèle économique précaire. La coopérative partage également l’espace avec l’église, ce qui peut parfois poser des questions de sécurité ou de logistique. Malgré ces obstacles, le projet continue de séduire par son approche innovante et communautaire, offrant une alternative aux modèles traditionnels du théâtre professionnel.

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