Situation critique pour la recherche, le budget de l’ANR « insoutenable » d’ici 2028
L’Agence nationale de la recherche, pilier de la politique de financement scientifique de la France sous la présidence d’Emmanuel Macron, « se situe à un point critique », selon la Cour des comptes. Son budget décroche depuis la loi de programmation de la recherche votée en 2020.
L’Agence nationale de la recherche (ANR) fête ses 20 ans en 2026. Créée pour financer la recherche en France, elle est devenue un acteur central avec la loi de programmation de la recherche (LPR) adoptée en 2020. Cette loi visait à augmenter significativement le budget alloué à la recherche, en faisant de l’ANR l’outil principal de ce financement. Avant 2020, l’ANR existait déjà, mais son rôle et ses moyens ont été renforcés par la LPR, qui lui a confié une mission plus ambitieuse : sélectionner et soutenir les projets de recherche les plus prometteurs. Cependant, malgré cette ambition affichée, son budget réel ne suit pas les prévisions initiales, posant aujourd’hui un problème majeur.
Le 8 octobre 2026, la Cour des comptes, une institution indépendante chargée de contrôler les finances publiques en France, publie un rapport alarmant intitulé « L’ANR, une trajectoire budgétaire devenue insoutenable, une réponse indispensable de l’État ». Selon ce document, le budget de l’ANR est en train de s’écarter dangereusement des prévisions établies par la loi de 2020. La croissance des engagements financiers de l’ANR, qui devait accompagner l’augmentation du financement de la recherche, s’est arrêtée dès 2024. La Cour des comptes souligne que, sans intervention urgente, le budget de l’ANR deviendra « insoutenable » d’ici la fin de l’année 2028. Cela signifie que l’État ne pourra plus financer les projets de recherche comme prévu, mettant en péril la réalisation des objectifs fixés en 2020.
La loi de programmation de la recherche (LPR) de 2020 avait été portée par Antoine Petit, alors PDG du CNRS (Centre national de la recherche scientifique), qui défendait une approche « ambitieuse, inégalitaire », qualifiant cette loi de « vertueuse et darwinienne ». Le terme darwinien fait référence à une logique de sélection naturelle, où seuls les projets les plus performants seraient financés, une idée proche du spencérisme (théorie sociale du XIXe siècle prônant une compétition féroce pour la survie). Cependant, cette vision a été critiquée par le Comité national de la recherche scientifique (CoNRS), qui proposait plutôt un financement récurrent des laboratoires, c’est-à-dire un budget stable et prévisible, plutôt qu’une sélection de projets ponctuels. Aujourd’hui, l’ambition initiale de la LPR n’est pas atteinte, et le système de financement par projets via l’ANR montre ses limites.
Le gouvernement français a présenté en 2026 un projet de loi pour 2027, qui prévoit une baisse du budget de l’ANR. Cette décision contraste fortement avec les objectifs de la LPR de 2020, qui visait à augmenter les financements. Selon la Cour des comptes, cette baisse aggraverait la situation, rendant le budget de l’ANR encore plus insoutenable d’ici 2028. Le rapport souligne que la trajectoire actuelle ne permet pas de respecter les engagements pris en 2020, et que les moyens alloués à l’ANR ne suffiront pas à financer les projets de recherche comme prévu. Cette situation met en lumière un désaccord entre les ambitions affichées et les réalités budgétaires.
La stagnation puis la baisse du budget de l’ANR ont des conséquences directes sur la recherche française. Le système de financement par projets, privilégié depuis 2020, repose sur une sélection compétitive des projets, où seuls les plus prometteurs sont financés. Or, avec un budget insuffisant, cette sélection devient plus difficile, et certains projets de qualité pourraient ne pas être soutenus. La Cour des comptes insiste sur la nécessité d’une *réponse indispensable de l’État* pour éviter un déclin de la recherche française. Sans ajustement budgétaire, la France risque de perdre en compétitivité face à d’autres pays, où les investissements dans la recherche sont plus stables et ambitieux.

