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Géopolitique

Les hommes bisexuels, nouvelles égéries d’Hollywood

Courrier International · mis à jour il y a 18 j

Depuis une petite vingtaine d’années, la télévision est devenue le fer de lance de la représentation des personnes LGBTQI. Pour autant, la bisexualité demeurait un peu en reste, quand elle n’était pas représentée à grand renfort de stéréotypes.

Évolution récente

Depuis une vingtaine d'années, la télévision joue un rôle central dans la représentation des personnes LGBTQI, avec des séries emblématiques comme Queer as Folk, Pose ou The L Word. Pourtant, la bisexualité masculine restait peu visible ou réduite à des stéréotypes. Ces dernières années, une tendance nouvelle émerge : l'apparition de personnages masculins bisexuels, souvent principaux et complexes, comme Benedict Bridgerton dans Bridgerton (saison 4), Buck dans 9-1-1 (saison 7), ou Darryl Whitefeather dans Crazy Ex-Girlfriend. Selon la revue britannique Gay Times, cette évolution marque une « renaissance des bisexuels à la télévision », où ces personnages ne sont plus cantonnés à des rôles secondaires ou caricaturaux. La série Heartstopper (saison 2), L'Été où je suis devenue jolie, ou encore Sex Education illustrent également cette tendance, notamment auprès des jeunes publics.

Stéréotypes dépassés

Historiquement, les personnages masculins bisexuels étaient souvent associés à des clichés biphobes : présentés comme des êtres sexuels insatiables, manipulateurs ou instables, voire comme des méchants. Par exemple, Loki dans la série Loki (saison 2) ou Caleb dans Shameless incarnaient cette vision stéréotypée. Le Wall Street Journal souligne que ces représentations alimentaient l'idée que les bisexuels étaient des personnes en déni ou des opportunistes profitant des tendances alternatives sans engagement. Cependant, depuis peu, ces personnages évoluent vers des rôles plus nuancés, parfois rassurants, parfois provocants, mais rarement réduits à leur sexualité. Cette transformation reflète une volonté de montrer la bisexualité masculine comme une réalité complexe et légitime, loin des caricatures du passé.

Contexte générationnel

La visibilité accrue des personnages bisexuels à l'écran coïncide avec une augmentation de leur représentation dans la société, notamment chez les jeunes. Aux États-Unis, près de 7 % des hommes de la Gen Z (génération née entre la fin des années 1990 et le début des années 2010) s'identifient comme bisexuels, soit plus du double de ceux qui se déclarent gays. Ce chiffre ne tient pas compte des personnes se définissant comme pansexuelles (attirées par les personnes indépendamment de leur genre) ou à la sexualité fluide (dont l'orientation évolue dans le temps). Le Wall Street Journal suggère que cette évolution reflète peut-être une réalité démographique, mais aussi une stratégie des studios pour attirer les publics jeunes, sensibles à des représentations plus inclusives. Les séries comme Heartstopper ou L'Été où je suis devenue jolie ciblent explicitement cette audience.

Enjeux et perceptions

La bisexualité masculine reste un sujet de débats, tant dans la communauté LGBTQI que dans la société en général. Longtemps, certains homosexuels ont considéré les bisexuels comme des personnes en déni ou manipulatoires, tandis que les hétérosexuels les percevaient comme des opportunistes profitant des identités alternatives sans s'engager. Le Wall Street Journal évoque également un fantasme de compensation chez certaines femmes hétérosexuelles, lié à la manosphère (mouvance en ligne promouvant une vision traditionaliste des relations hommes-femmes). Pourtant, ces représentations télévisuelles récentes tentent de briser ces préjugés en montrant des personnages bisexuels complexes, loin des stéréotypes. La bisexualité n'est pas une « passade », mais une orientation sexuelle à part entière, comme le rappelle l'article, soulignant que la sexualité est un spectre aux multiples nuances.

Ce que ça pourrait changer

Cette évolution dans la représentation des hommes bisexuels à l'écran a un impact culturel significatif. Elle permet de normaliser une orientation sexuelle longtemps marginalisée ou caricaturée, en montrant des personnages principaux et nuancés. Des séries comme *Bridgerton*, *Heartstopper* ou *Sex Education* jouent un rôle clé dans cette dynamique, en ciblant notamment les jeunes publics. Le *Wall Street Journal* souligne que ces représentations reflètent peut-être une réalité démographique, mais aussi une adaptation des industries culturelles aux attentes des nouvelles générations. En France, des médias comme *Fugues* notent cependant que certains personnages, comme Jeremiah dans *L'Été où je suis devenue jolie*, peuvent encore être rattrapés par des tropes biphobes, comme celui de l'infidélité. Malgré ces limites, la tendance générale reste positive et marque une avancée dans la visibilité des bisexuels.

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