Au-delà du détroit d’Ormuz, d’autres verrous maritimes menacent le commerce mondial
Alors que plus de 80 % des marchandises échangées sur la planète sont acheminées par voie maritime, le détroit d’Ormuz n’est pas la seule zone de transit dont le blocage pose un risque majeur pour l’économie. Zoom sur six autres passages étroits, qui sont autant de points d’étranglement potentiels pour le commerce mondial..
Plus de 80 % des marchandises échangées dans le monde transitent par voie maritime, ce qui en fait le principal mode de transport pour le commerce international. Cependant, certaines zones maritimes étroites, appelées verrous maritimes ou points d’étranglement, jouent un rôle clé dans cette circulation. Leur blocage, accidentel ou volontaire, peut paralyser l’économie mondiale. Le détroit d’Ormuz, souvent cité, n’est pas le seul : six autres passages stratégiques, comme le canal de Suez ou le détroit de Malacca, sont tout aussi vulnérables. Ces zones concentrent un trafic intense et leur fermeture, même temporaire, perturbe les chaînes d’approvisionnement, fait flamber les prix des matières premières et peut déclencher des crises géopolitiques. Les exemples récents, comme la crise de la mer Rouge en 2023 ou les tensions autour du canal de Panama en 2026, illustrent cette fragilité.
Le canal de Suez, long de 193 kilomètres et large de 300 mètres, est l’une des voies navigables les plus importantes au monde. Il permet de relier l’Europe à l’Asie sans contourner l’Afrique, réduisant ainsi de plusieurs milliers de kilomètres le trajet des cargos. En 2023, 13 % du commerce maritime mondial y transitait. Creusé au XIXe siècle sous l’impulsion de l’ingénieur français Ferdinand de Lesseps, il est aujourd’hui contrôlé par l’Égypte. Son rôle est si stratégique que sa fermeture, comme lors de la guerre des Six Jours en 1967, a des répercussions mondiales. En 2023, les attaques des rebelles houthistes au Yémen contre les navires ont de nouveau perturbé le trafic, provoquant une hausse des coûts du transport et des retards dans les livraisons.
Le détroit de Bab El-Mandeb, large de seulement 26 kilomètres à son point le plus étroit, est un passage incontournable pour les navires empruntant le canal de Suez. Il concentre un quart de l’approvisionnement énergétique mondial et voyait transiter 13 % du trafic maritime mondial en 2023, dont 75 % des exportations européennes. La seule alternative, contourner l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance, allonge le trajet de 6 500 kilomètres, ce qui rend ce détroit indispensable. En 2023, les houthistes yéménites, en représailles à la guerre à Gaza, ont bloqué cette route, déclenchant une crise majeure. En septembre 2026, ils ont renforcé leur contrôle en prenant une île stratégique, aggravant les risques pour le commerce mondial.
Le canal de Panama, long de 80 kilomètres, ne représente que 3 % du commerce maritime mondial, mais il est crucial pour les États-Unis : 40 % des conteneurs américains y transitent. Ce canal, ouvert en 1914, est géré par le Panama, mais son contrôle est un sujet de tensions géopolitiques. En 2024, le président américain Donald Trump a menacé de reprendre le contrôle du canal, accusant la Chine d’y exercer une influence croissante. En février 2026, le Panama a annulé les concessions portuaires du groupe hongkongais CK Hutchison, une décision qui reflète les rivalités économiques. Par ailleurs, le conflit en Iran a fait exploser les tarifs du canal, et depuis septembre 2026, le phénomène climatique El Niño a forcé les autorités à réduire le trafic en raison du niveau d’eau trop bas.
Le détroit de Gibraltar, large de 14 kilomètres à son point le plus étroit, est le seul passage maritime entre l’océan Atlantique et la mer Méditerranée. Il est l’une des voies commerciales les plus fréquentées au monde, avec environ 100 000 navires commerciaux qui l’empruntent chaque année. Ce détroit est encadré par un traité international, la convention de Montego Bay de 1982, qui garantit la libre circulation entre l’Espagne, le Maroc et le territoire britannique de Gibraltar. Cependant, il est aussi un point de passage pour l’immigration clandestine. En juillet 2026, une crise migratoire majeure a éclaté lorsque 80 000 migrants ont afflué du Maroc vers l’enclave espagnole de Ceuta, illustrant les tensions autour de cette zone.
Le détroit de Taïwan, large de 358 kilomètres, sépare la Chine continentale de l’île de Taïwan, considérée par Pékin comme une province séparatiste. Ce détroit concentre un cinquième du commerce maritime mondial, ce qui en fait un enjeu économique et politique majeur. La Chine y exerce une pression constante, remettant en cause la libre circulation des navires. Un blocage de ce détroit aurait des conséquences dramatiques pour Taïwan, qui dépend presque entièrement des importations pour son énergie et ses matières premières. Les tensions entre Pékin et Taipei, ainsi que les manœuvres militaires chinoises, rendent cette zone particulièrement instable.
Le détroit de Malacca, long de 930 kilomètres, est l’un des passages maritimes les plus étroits au monde, avec seulement 2,7 kilomètres de large à son point le plus resserré. Il est la principale route de transport d’hydrocarbures pour la Chine et le Japon, et une marchandise sur quatre expédiée par bateau y transite. Ce détroit est donc vital pour l’approvisionnement énergétique de l’Asie. En avril 2026, l’Indonésie a menacé d’instaurer un péage pour les navires, une décision qui a suscité une vive opposition internationale. Finalement, Jakarta a fait marche arrière, mais cet épisode montre la fragilité de cette route et les tensions autour de son contrôle.

