Comment se construire un nouveau chez-soi
Forcée de quitter la ville de ses rêves, cette journaliste du quotidien allemand “Süddeutsche Zeitung” s’interroge sur le besoin qu’a chaque personne de se construire un espace à soi. Plus qu’un assemblage de possessions matérielles, il est plutôt question de savoir ce qui nous enracine en nous-même..
L'article aborde un besoin fondamental de l'être humain : celui de se sentir chez soi, un sentiment qui va bien au-delà de la simple possession matérielle. Ce concept, appelé enracinement par la philosophe Simone Weil dans son ouvrage L’Enracinement publié en 1949, désigne un besoin essentiel pour l'équilibre psychologique. Se sentir enraciné dans un lieu permet de se sentir en sécurité, d'affronter le monde avec plus d'assurance et de façonner son identité. Ce sentiment peut être lié à un lieu concret, mais aussi à un souvenir, une personne ou une ambiance particulière. Par exemple, la phrase "Avec toi je me sens chez moi", illustre comment une relation peut transcender l'idée d'un espace physique pour créer un sentiment d'appartenance. L'article souligne que ce besoin est partagé par les humains comme par certains animaux, comme les castors ou les saumons, qui reviennent systématiquement dans leur lieu d'origine pour se reproduire ou se reposer.
L'auteure, une journaliste allemande ayant vécu à Munich, décrit son expérience du déménagement forcé vers la Rhénanie pour des raisons professionnelles. Elle avoue avoir ressenti un vide et une difficulté à recréer un sentiment d'appartenance dans sa nouvelle ville, malgré son expérience passée dans plusieurs villes. Ce sentiment de déracinement est comparé à une rupture amoureuse : il faut du temps pour faire le deuil de l'ancien lieu et accepter le nouveau. La psychothérapeute Katja Füßenich, interrogée par l'auteure, confirme que de nombreuses personnes éprouvent une baisse de moral lors d'un déménagement, car elles s'attendent à se sentir bien immédiatement, sans prendre le temps nécessaire pour s'adapter. Ce processus peut prendre jusqu'à un an, comme l'a vécu l'auteure.
Pour faciliter l'installation dans une nouvelle ville, l'article présente le concept de tiers-lieu, développé par la sociologue américaine Ray Oldenburg dans les années 1980. Un tiers-lieu est un espace distinct du domicile et du lieu de travail, où une personne peut se sentir chez elle et passer du temps librement. Il peut s'agir d'un café, d'une bibliothèque, d'un parc, d'une salle de sport ou même d'un banc. L'idée est de trouver un endroit où l'on se sent bien, où l'on peut rencontrer des gens ou simplement se détendre. L'article cite un média américain, Vox, qui souligne que ces lieux peuvent réduire la solitude sans nécessiter de se faire de nouveaux amis immédiatement. Pour l'auteure, son glacier préféré est devenu un tiers-lieu dès son arrivée à Bonn, lui offrant un premier ancrage dans sa nouvelle ville.
La psychothérapeute Katja Füßenich explique que pour s'installer durablement dans une nouvelle ville, il est crucial de comprendre ce qui nous rend heureux et nous fait nous sentir chez nous. Elle recommande de se remémorer ce qui nous plaisait dans les villes précédentes et d'identifier nos besoins spécifiques. Par exemple, elle-même avait compris que son bien-être était lié à l'eau et aux amitiés fortes. Pour d'autres, ce pourrait être la nature, le sport ou une routine quotidienne. Füßenich conseille de ne pas être trop rationnel et de se laisser guider par ses intuitions : marcher dans la ville et repérer les lieux qui dégagent une atmosphère agréable. Elle insiste aussi sur l'importance de revenir régulièrement dans ces endroits pour s'imprégner du nouvel environnement. L'auteure applique ce conseil et finit par trouver son équilibre après un an, en se sentant finalement chez elle à Bonn.
L'article souligne que le sentiment d'être chez soi ne s'installe pas du jour au lendemain. Il faut souvent plusieurs mois, voire une année, pour s'adapter à une nouvelle ville. L'auteure décrit comment, après un an, elle a soudainement ressenti un déclic en marchant dans un bois avec sa chienne. Ce moment, où elle a réalisé qu'elle voulait acheter une bière sans alcool et nager dans le fleuve, marque son acceptation de Bonn comme nouveau chez-elle. Ce processus d'adaptation est comparé à un deuil : il faut accepter de laisser partir l'ancien lieu pour accueillir le nouveau. La psychothérapeute Füßenich rappelle que cette transition émotionnelle est normale et nécessaire pour recréer un sentiment d'appartenance dans un nouvel environnement.

