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Philosophie

nora chipaumire : « Ma mère est sa mère, qui est sa mère

AOC Media · mis à jour il y a 9 j

L'ambitieuse « carte noire » de l'artiste zimbabwéenne nora chipaumire, à la Ménagerie de Verre et à la Fondation Cartier dans le cadre du Festival d’Automne de Paris, est l’occasion de revenir avec elle sur son travail de danseuse, chorégraphe et performeuse. Après avoir reçu une éducation britannique, elle construit une pratique du corps et de l'art qui se détache de la bibliothèque coloniale et renoue avec sa langue maternelle shona.

Nora Chipaumire, artiste zimbabwéenne

Nora Chipaumire est une artiste née au Zimbabwe dans les années 1990, avant de s'installer à New York où elle vit et travaille depuis. Elle est principalement connue comme performeuse, chorégraphe et artiste visuelle. Son parcours artistique est marqué par une volonté de s'affranchir des influences coloniales pour renouer avec ses racines culturelles, notamment à travers la langue shona, parlée au Zimbabwe. Parmi ses œuvres les plus connues figurent des performances comme Chimurenga (2003), Miriam (2012) ou #PUNK 100% POP N!GGA (2018), ainsi que des installations comme gadzi*, présentée à la Tate Modern de Londres au printemps 2026. Son travail explore la mémoire, l'identité et la décolonisation des pratiques artistiques.

La pratique nhaka

Nora Chipaumire a développé une pratique artistique qu'elle nomme nhaka, un concept shona désignant à la fois l'héritage, la tradition et la transmission. Cette approche vise à libérer le corps et la pensée des normes coloniales imposées aux arts, notamment en danse. Elle cherche à réactiver des rythmes, des mouvements et des savoirs ancestraux shona, en s'appuyant sur la langue maternelle de l'artiste. Le nhaka n'est pas seulement une technique, mais une philosophie qui intègre le corps, la mémoire et la communauté. Chipaumire a récemment fondé au Zimbabwe un espace nommé nhereraHUB, un lieu de résidence et de création qu'elle finance elle-même, dédié à cette pratique et à d'autres artistes.

La carte noire à Paris

La carte noire est un projet ambitieux présenté par Nora Chipaumire dans le cadre du Festival d'Automne de Paris, du 11 au 26 septembre 2026 à la Ménagerie de Verre, puis du 17 au 19 décembre à la Fondation Cartier. Ce projet rassemble plusieurs formats artistiques : des performances, une exposition, une bibliothèque, des conversations publiques, un atelier, des séances d'écoute, un fashion salon et un marché. L'objectif est de rendre visible non seulement l'œuvre finale, mais aussi le processus de création et la manière dont l'artiste vit et interagit avec les autres au quotidien. Chipaumire souligne que la performance est souvent le seul aspect visible de son travail, alors que l'essentiel se joue en amont, dans l'invisible.

Détourner les canons coloniaux

L'un des enjeux centraux du travail de Nora Chipaumire est de contester les héritages coloniaux qui ont façonné les pratiques artistiques, notamment en danse. Elle critique la bibliothèque coloniale, c'est-à-dire l'ensemble des normes, des techniques et des récits imposés par la colonisation, qui ont souvent effacé ou marginalisé les savoirs locaux. En renouant avec la langue shona et les traditions zimbabwéennes, elle propose une alternative qui valorise les corps, les mouvements et les histoires des peuples africains. Ses performances, comme #PUNK 100% POP N!GGA*, s'inspirent de figures culturelles noires comme Patti Smith, Grace Jones ou Rit Nzele, pour explorer des questions d'identité, de race et de résistance.

Ce que ça pourrait changer

Le projet *carte noire* se distingue par sa dimension participative et la diversité des formats proposés. Contrairement à une exposition classique, Chipaumire souhaite créer des espaces de dialogue et d'échange avec le public, en rendant accessible non seulement ses œuvres, mais aussi son processus de création. Les conversations publiques, les ateliers et les séances d'écoute permettent aux visiteurs d'entrer en contact direct avec sa démarche. Le *fashion salon* et le marché ajoutent une dimension économique et sociale, en mettant en avant des créations locales ou des échanges informels. Ce projet reflète une volonté de repenser la relation entre l'artiste et son public, au-delà de la simple consommation culturelle.

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