Comment l’Iran coupe-t-il ses citoyens de l’Internet ?
En janvier 2026, pendant les grandes manifestations, puis en février à nouveau, lorsque les États-Unis ont frappé l’Iran, le régime des mollahs a plongé le pays dans un black-out total. L’accès à Internet était impossible.
En janvier 2026, lors de manifestations massives en Iran, puis en février de la même année pendant des frappes américaines, le régime iranien a coupé l'accès à Internet pour l'ensemble de la population. Cette mesure vise à empêcher la diffusion d'images ou d'informations sur les événements, comme lors de la répression des manifestations de 2026, ou à isoler les Iraniens de l'extérieur. Selon la Banque mondiale, 85 % des 92 millions d'habitants ont accès à Internet, mais ces coupures régulières limitent fortement cette connectivité. L'Iran, dirigé par une théocratie de mollahs, utilise ces black-outs comme outil de contrôle politique et social.
L'État iranien contrôle Internet via la Telecommunication Infrastructure Company (TIC), une entreprise publique régie par le ministère des Technologies de l'information et des Communications. Tous les fournisseurs d'accès à Internet (FAI) et opérateurs mobiles du pays doivent se connecter à la TIC, qui agit comme un intermédiaire unique entre le réseau iranien et le reste du monde. La TIC gère les passerelles internationales, c'est-à-dire les points de connexion physiques où les données entrent et sortent d'Iran. Lorsqu'elle décide de couper l'accès, elle bloque ces passerelles, rendant impossible toute communication avec l'extérieur.
Pour isoler l'Iran du reste du monde, la TIC utilise le Border Gateway Protocol (BGP), un protocole technique qui indique aux routeurs mondiaux comment acheminer les données vers une adresse IP spécifique. En cessant d'annoncer les routes IP iraniennes, la TIC fait disparaître le réseau iranien du web mondial : les données ne peuvent plus entrer ni sortir du pays. Une autre méthode consiste à utiliser le BGP-Hijacking, où la TIC diffuse de fausses informations BGP pour rediriger les internautes iraniens vers des sites contrôlés par le gouvernement, comme des pages d'erreur ou des plateformes locales.
Le DNS (Domain Name System) est l'annuaire d'Internet qui traduit les noms de sites (comme courrierinternational.com) en adresses IP. En cas de coupure, la TIC pratique l'empoisonnement DNS (DNS Poisoning), une technique qui consiste à falsifier ces annuaires. Ainsi, lorsqu'un Iranien tente d'accéder à un site étranger ou à un réseau social, il est automatiquement redirigé vers une page d'erreur ou un site gouvernemental. Cette méthode permet de bloquer l'accès à des sources d'information indépendantes ou à des plateformes comme les réseaux sociaux.
Face aux coupures totales, certains Iraniens tentent de contourner le black-out en utilisant des constellations de satellites, comme Starlink. Ces réseaux permettent de capter Internet depuis l'espace, indépendamment des infrastructures terrestres. Cependant, les autorités iraniennes ont développé des analyseurs de spectre pour détecter ces antennes satellites clandestines et brouillent leurs signaux, comme cela s'est produit lors des coupures de 2026. Cette méthode de contournement reste donc risquée et difficile à mettre en œuvre.
Une alternative aux satellites est le réseau maillé (mesh), qui permet de communiquer sans Internet ni réseau mobile. Des applications comme Briar ou Bridgefy utilisent le wifi ou le Bluetooth pour transmettre des messages directement de téléphone à téléphone, en créant un réseau local et décentralisé. Cette solution est particulièrement utile en cas de coupure totale, car elle ne dépend pas des infrastructures nationales. Cependant, son efficacité est limitée par la portée des appareils et le nombre d'utilisateurs connectés.
Pour maintenir une forme de connectivité malgré les coupures, l'Iran a développé un **intranet national**, souvent qualifié d'*Internet halal*. Ce réseau parallèle et fermé permet aux services locaux de fonctionner même lorsque l'accès à Internet mondial est bloqué. Il donne accès à des sites officiels, des applications bancaires, des services de taxi et des messageries locales comme **Bale** ou **Eitaa**, hébergées sur des serveurs iraniens. Ce système vise à offrir une alternative contrôlée et sécurisée, tout en limitant l'accès à des sources d'information étrangères.

