Les champignons hallucinogènes pourraient aider les personnes souffrant d'anorexie
Un essai clinique mené sur des patientes anorexiques suggère que la psilocybine pourrait aider les malades à assouplir leur rapport à l'alimentation. Des résultats encourageants, qui devront être confirmés à plus large échelle..
Une équipe de chercheurs de l'Imperial College de Londres explore l'idée qu'un champignon hallucinogène, la psilocybine (une substance psychédélique présente dans certains champignons), pourrait aider à traiter l'anorexie. Cette hypothèse a fait l'objet d'un essai clinique dont les résultats, publiés en 2026 dans The British Journal of Psychiatry, sont jugés encourageants par les scientifiques. La psilocybine est connue pour produire des effets similaires à ceux du LSD, comme des hallucinations ou une altération de la perception. Dans cet essai, elle a été administrée à des patientes souffrant d'anorexie, une maladie mentale caractérisée par une restriction alimentaire extrême, une peur intense de prendre du poids et une distorsion de l'image corporelle. L'objectif était de tester si cette substance pouvait aider à briser les mécanismes rigides qui maintiennent les comportements anorexiques.
L'essai clinique a porté sur vingt-et-une femmes adultes souffrant d'anorexie depuis en moyenne onze ans. Ces patientes n'avaient pas répondu aux traitements classiques sur le long terme, ce qui les a poussées à tester cette approche innovante. Pendant six semaines, elles ont reçu différentes doses de psilocybine combinées à un accompagnement psychologique intensif, totalisant environ cinquante heures de thérapie. Aucune ne faisait partie d'un groupe témoin ou ne recevait de placebo, ce qui limite la portée des conclusions. À la fin du traitement, dix-huit participantes ont montré une amélioration de leurs symptômes, comme une meilleure reconnaissance de la gravité de leur maladie, une étape clé pour entamer un processus de guérison.
Les améliorations constatées chez les participantes se sont maintenues un an après le traitement. Plusieurs d'entre elles ont réussi à consommer des aliments qu'elles s'interdisaient auparavant, découvrant ainsi qu'il était possible de s'autoriser des plaisirs alimentaires sans conséquences dramatiques. Les chercheurs pensent que la psilocybine pourrait aider à assouplir les règles strictes et binaires auxquelles les malades s'astreignent, tant dans leur alimentation que dans leur pratique sportive. Jennifer Danby, thérapeute principale de l'essai, souligne que les personnes atteintes d'anorexie ont souvent une pensée très binaire, c'est-à-dire une vision du monde en tout ou rien. Les psychédéliques pourraient favoriser une plus grande flexibilité cognitive, les rendant plus ouvertes au changement.
Malgré ces résultats prometteurs, les preuves restent limitées et prudentes. L'absence de groupe témoin et de placebo dans l'essai rend difficile la distinction entre l'effet réel de la psilocybine et celui de l'accompagnement psychologique intensif. De plus, l'échantillon de vingt-et-une participantes est considéré comme très restreint pour tirer des conclusions définitives. Un autre point souligné par les experts est l'absence d'évolution significative de l'indice de masse corporelle (IMC) des patientes après six semaines de traitement. Or, la reprise de poids est un critère essentiel pour vaincre l'anorexie, même si ce n'était pas l'objectif principal de cette étude.
Une participante a tenté de se suicider à deux reprises plusieurs mois après le traitement, bien que le lien avec la psilocybine n'ait pas été établi. Jennifer Danby rappelle que cette substance ne guérit pas l'anorexie : Même en prenant de la psilocybine, vous vous réveillez toujours dans un corps affaibli, avec d'énormes obstacles à surmonter. Les chercheurs insistent sur le fait qu'une expérience psychédélique ne suffit pas à effacer la maladie. Par ailleurs, des études sur des rats en 2024 avaient montré que la psilocybine facilitait les changements de comportement lorsque les règles associées à une récompense alimentaire changeaient, mais ces résultats ne peuvent être directement transposés à l'humain.
Cette étude s'inscrit dans une tendance croissante de la recherche sur les psychédéliques pour traiter divers troubles psychiatriques. La *psilocybine* est déjà étudiée pour d'autres indications, comme la dépression ou les troubles obsessionnels compulsifs. Cependant, son utilisation dans le cadre de l'anorexie reste expérimentale et nécessite des recherches supplémentaires. Les scientifiques appellent à la prudence et soulignent la nécessité d'essais plus larges, avec des groupes témoins et des placebos, pour valider ces premiers résultats. En attendant, cette piste ouvre des espoirs, mais ne constitue pas encore une solution validée pour les personnes souffrant d'anorexie.

