L'extrême-droite bientôt de retour au pouvoir en Allemagne?
Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, l'AfD devrait prendre le contrôle d'un des 16 «Länder» allemands. Ce qui inquiète notamment les associations locales et les institutions de justice..
L’Allemagne organise régulièrement des élections régionales, appelées Landtagswahlen (élections des parlements des Länder), pour élire les représentants des 16 États fédérés qui composent le pays. Ces scrutins sont souvent considérés comme des baromètres de l’opinion publique nationale, car ils permettent d’évaluer la popularité des partis avant les élections fédérales. En 2024, plusieurs Länder, dont la Saxe-Anhalt, organisent des élections régionales. Ces scrutins sont particulièrement suivis en raison de la montée en puissance du parti d’extrême droite Alternative für Deutschland (AfD), qui pourrait réaliser des scores historiques. La Saxe-Anhalt, située dans l’est de l’Allemagne, est un territoire où l’AfD est déjà bien implantée, avec des scores élevés lors des précédents scrutins.
L’Alternative für Deutschland (AfD) est un parti politique allemand fondé en 2013, initialement sur une ligne eurosceptique avant d’évoluer vers des positions d’extrême droite, notamment après 2015. Le parti se distingue par son opposition à l’immigration, son rejet des politiques climatiques et son discours critique envers l’Union européenne. En Saxe-Anhalt, l’AfD a progressé de manière significative ces dernières années. Lors des dernières élections régionales en 2021, il avait obtenu 20,8 % des voix, devenant la deuxième force politique du Land. Les sondages actuels indiquent que l’AfD pourrait atteindre entre 30 % et 35 % des intentions de vote, ce qui en ferait le premier parti de la région. Cette progression s’inscrit dans un contexte de mécontentement envers les partis traditionnels, notamment la CDU (Christlich Demokratische Union Deutschlands), le parti de la chancelière Angela Merkel.
Le programme de l’AfD en Saxe-Anhalt comprend plusieurs mesures qui suscitent des débats. Parmi elles, le parti propose de supprimer les cours sur l’immigration et l’histoire contemporaine dans les écoles, arguant que ces sujets seraient « idéologiquement biaisés ». Il souhaite également réformer les universités pour y interdire les « théories critiques » comme le gender studies ou les études postcoloniales, qu’il considère comme des « dogmes ». En matière de justice, l’AfD propose de durcir les peines pour les infractions liées à l’immigration et de faciliter les expulsions. Ces propositions s’inscrivent dans une vision conservatrice et nationaliste de la société. Le parti justifie ces mesures par la volonté de « protéger la culture allemande » et de lutter contre ce qu’il qualifie de « wokisme » dans les institutions publiques.
Les autres partis politiques allemands, qu’ils soient de gauche, du centre ou de droite modérée, rejettent massivement le programme de l’AfD. La CDU, le SPD (Sozialdemokratische Partei Deutschlands) et les Verts (Bündnis 90/Die Grünen) ont tous déclaré qu’ils ne formeraient aucune coalition avec l’AfD, même si celui-ci devenait le premier parti. Cette position s’inscrit dans une stratégie de cordon sanitaire, c’est-à-dire l’exclusion systématique de l’AfD des gouvernements, en raison de son idéologie d’extrême droite et de ses liens présumés avec des milieux néonazis. Les partis traditionnels appellent à une mobilisation contre l’AfD, craignant que son arrivée au pouvoir dans un Land ne normalise son discours au niveau national. Certains observateurs soulignent cependant que cette stratégie pourrait aussi renforcer l’AfD en alimentant un sentiment de victimisation.
Les élections en Saxe-Anhalt sont perçues comme un test pour l’ensemble de l’Allemagne, où l’AfD est en tête des sondages au niveau national avec environ 20 % d’intentions de vote. Si l’AfD remporte le scrutin en Saxe-Anhalt, cela pourrait renforcer sa légitimité et accélérer sa progression dans d’autres Länder, comme la Thuringe ou le Brandebourg, où elle est également bien placée. À l’inverse, une défaite relative pourrait freiner son élan. Ces élections régionales pourraient aussi influencer les stratégies des partis traditionnels, notamment la CDU, qui doit décider s’il faut s’allier avec l’AfD ou maintenir le *cordon sanitaire*. Enfin, ces scrutins pourraient avoir des répercussions sur la politique nationale, notamment en matière d’immigration et de sécurité, deux thèmes centraux de l’AfD.

