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SOCIÉTÉ

Les champignons hallucinogènes pourraient aider les personnes souffrant d'anorexie

Source unique·il y a 18 j

L’hypothèse d’une thérapie par les psychédéliques pour traiter l’anorexie nerveuse, longtemps cantonnée aux marges de la recherche médicale, gagne en crédibilité avec une étude pilote britannique. En associant la psilocybine—molécule active des champignons hallucinogènes—à un suivi psychologique intensif, des chercheurs de l’Imperial College de Londres suggèrent que cette approche pourrait briser les schémas cognitifs rigides caractéristiques de la maladie. Pourtant, entre promesses thérapeutiques et limites méthodologiques, cette piste reste à la fois porteuse et controversée, interrogeant la place des substances psychédéliques dans les protocoles psychiatriques futurs.

Quels résultats concrets l’essai clinique a-t-il produits sur les patientes souffrant d’anorexie ?

Sur les vingt-et-une femmes ayant participé à l’étude, dix-huit ont vu une amélioration de leurs symptômes après six semaines de traitement associant psilocybine et accompagnement psychologique. Certaines ont notamment mieux pris conscience de la gravité de leur maladie, tandis que d’autres ont réussi à réintroduire des aliments qu’elles s’interdisaient auparavant. Ces effets se maintenaient encore un an après le traitement pour l’ensemble du groupe, bien que la reprise de poids, objectif secondaire, soit restée limitée.

Pourquoi la psilocybine est-elle envisagée comme traitement potentiel de l’anorexie ?

Les chercheurs s’appuient sur l’hypothèse que la psilocybine pourrait assouplir les règles binaires et les comportements rigides qui caractérisent l’anorexie, en favorisant une plus grande flexibilité cognitive. Cette piste est étayée par des travaux antérieurs, notamment sur des rats, montrant que la substance facilite l’adaptation à de nouveaux schémas de récompense alimentaire. L’idée est de permettre aux patientes de sortir de leur enfermement mental pour envisager des changements durables.

Quelles sont les principales limites de cette étude et de ses résultats ?

L’étude souffre de plusieurs biais méthodologiques : absence de groupe témoin ou de placebo, échantillon très restreint (vingt-et-une participantes), et difficulté à distinguer l’impact réel de la psilocybine de celui de l’accompagnement thérapeutique intensif (environ cinquante heures). Par ailleurs, l’objectif principal de reprise de poids n’a pas été atteint, et une participante a tenté de se suicider plusieurs mois après le traitement, sans que ce lien soit établi avec la psilocybine. Les experts soulignent donc le caractère préliminaire et fragile des conclusions.

Quel rôle joue l’accompagnement psychologique dans ce protocole expérimental ?

L’accompagnement psychologique intensif, d’une durée d’environ cinquante heures sur six semaines, semble être un pilier du protocole. Il vise à structurer l’expérience psychédélique et à ancrer les éventuels changements de perception dans une démarche thérapeutique durable. Les chercheurs estiment que la psilocybine seule ne suffirait pas à induire une guérison, mais qu’elle pourrait ouvrir une fenêtre de réceptivité au changement, à condition d’être accompagnée.

Ce que ça pourrait changer

Si ces résultats préliminaires se confirment, la psilocybine pourrait révolutionner l’approche thérapeutique de l’anorexie en offrant une alternative aux traitements conventionnels souvent inefficaces à long terme. Cependant, leur intégration dans les protocoles psychiatriques nécessitera des études plus robustes, ainsi qu’un débat éthique et sociétal sur l’usage des substances psychédéliques en milieu médical. À court terme, cette piste pourrait aussi relancer l’intérêt pour les thérapies psychédéliques dans d’autres troubles psychiatriques, tout en exigeant une vigilance accrue sur les risques résiduels pour les patients les plus vulnérables.

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