Bientôt, tous illettrés ? Le constat nuancé de Lionel Naccache
L’article s’ouvre sur une question préoccupante : notre rapport à la lecture change radicalement avec l’essor des écrans. Lionel Naccache, neuroscientifique, observe que le temps consacré à la *lecture profonde* — celle qui demande concentration et réflexion — diminue au profit d’une *lecture compulsive et impulsive*, souvent liée aux réseaux sociaux ou aux notifications. Cette dernière se caractérise par des interactions rapides, fragmentées et superficielles, où l’on survole des contenus sans les assimiler profondément. Par exemple, une étude citée par Naccache montre que le temps moyen passé sur un texte en ligne est de 15 à 20 secondes, contre plusieurs minutes pour un livre. Ce phénomène soulève des inquiétudes sur notre capacité à traiter des informations complexes ou à développer une pensée critique, compétences essentielles pour comprendre le monde et prendre des décisions éclairées.
L’article s’ouvre sur une question préoccupante : notre rapport à la lecture change radicalement avec l’essor des écrans. Lionel Naccache, neuroscientifique, observe que le temps consacré à la lecture profonde — celle qui demande concentration et réflexion — diminue au profit d’une lecture compulsive et impulsive, souvent liée aux réseaux sociaux ou aux notifications. Cette dernière se caractérise par des interactions rapides, fragmentées et superficielles, où l’on survole des contenus sans les assimiler profondément. Par exemple, une étude citée par Naccache montre que le temps moyen passé sur un texte en ligne est de 15 à 20 secondes, contre plusieurs minutes pour un livre. Ce phénomène soulève des inquiétudes sur notre capacité à traiter des informations complexes ou à développer une pensée critique, compétences essentielles pour comprendre le monde et prendre des décisions éclairées.
Lionel Naccache rappelle que la lecture est une invention récente à l’échelle de l’évolution humaine. Il y a environ 5 000 ans, nos ancêtres chasseurs-cueilleurs n’avaient pas besoin de lire pour survivre. La lecture est donc une révolution cognitive, un outil qui a transformé notre cerveau et notre façon de penser. En apprenant à décoder des symboles abstraits, nous avons développé des capacités comme l’abstraction, la mémoire à long terme ou la construction de récits complexes. Naccache souligne que cette révolution a été si profonde qu’elle a modifié notre structure cérébrale. Par exemple, des études en imagerie médicale montrent que les zones du cerveau dédiées au langage et à la mémoire s’activent différemment chez les personnes qui lisent régulièrement, comparées à celles qui ne lisent pas. Ces changements illustrent comment une compétence culturelle peut façonner notre biologie.
Le titre de l’article, Bientôt, tous illettrés ?, ne doit pas être pris au sens littéral mais comme une métaphore des dangers liés à la disparition progressive de la lecture profonde. Naccache alerte sur le risque de voir émerger une société où une partie de la population perdrait la capacité à comprendre des textes longs ou complexes, comme des articles de fond, des essais ou des œuvres littéraires. Cela ne signifie pas une incapacité à lire des mots, mais une difficulté à en saisir le sens profond, les nuances ou les implications. Ce phénomène, appelé illettrisme fonctionnel, toucherait déjà environ 20 % des adultes en France selon des rapports récents. Il menace particulièrement les jeunes générations, dont le cerveau est en développement et qui sont exposées massivement aux écrans dès leur plus jeune âge.
Naccache insiste sur le fait que les neurosciences, bien qu’elles aient fait des progrès considérables grâce à l’imagerie médicale (comme l’IRM fonctionnelle), restent une école d’humilité. Ces outils permettent de visualiser l’activité cérébrale en temps réel, mais ils ne révèlent qu’une partie de la complexité du cerveau. Par exemple, une étude récente a montré que la lecture active simultanément plusieurs zones cérébrales, dont le cortex visuel, le langage et la mémoire. Cependant, ces observations ne suffisent pas à expliquer pourquoi certaines personnes développent une passion pour la lecture tandis que d’autres la fuient. Naccache souligne que le cerveau reste en grande partie mystérieux, et que chaque découverte ouvre de nouvelles questions plutôt que de fournir des réponses définitives.
Face à ces défis, Naccache propose des pistes pour préserver la lecture profonde. Il recommande de *rééquilibrer* notre rapport aux écrans en réservant des plages horaires dédiées à la lecture sans distraction, comme le matin ou avant de dormir. Il suggère aussi d’encourager la lecture dès l’enfance, en offrant aux enfants des livres adaptés à leur âge et en limitant leur exposition aux écrans passifs. Une autre piste est de valoriser la lecture comme une activité sociale, par exemple en participant à des clubs de lecture ou en discutant de livres avec des proches. Enfin, Naccache rappelle que la lecture est un outil de liberté : elle permet de développer son esprit critique, d’élargir ses horizons et de mieux comprendre les autres. Dans un monde saturé d’informations, elle reste un rempart contre la désinformation et la pensée simpliste.

