Près de 11 700 nouveaux virus découverts dans les grands fonds marins du Pacifique
La découverte de ces agents infectieux dans les champs de nodules polymétalliques à 6 000 mètres de profondeur dans la zone de Clarion-Clipperton soulève des questions quant à la pertinence des projets d’exploitation des minerais qu’ils contiennent..
Des chercheurs ont identifié près de 11 700 nouveaux virus dans les grands fonds marins du Pacifique, plus précisément dans la zone de Clarion-Clipperton. Cette région, située à environ 6 000 mètres de profondeur, est connue pour ses nodules polymétalliques, des concrétions rocheuses riches en métaux comme le nickel, le cobalt ou le manganèse. Parmi ces virus, 11 662 étaient totalement inconnus des scientifiques, ce qui représente 99 % de l'échantillon étudié. Cette découverte a été publiée le 29 septembre 2026 dans la revue Nature Communications. Les échantillons de sédiments analysés proviennent d'une zone où aucune exploitation minière commerciale n'a encore été menée, mais où des contrats d'exploration ont déjà été attribués, notamment à la Chine.
Les virus découverts ne présentent aucun danger pour l'être humain. Ils ne ciblent que des bactéries, jouant ainsi un rôle clé dans les écosystèmes marins en régulant les populations bactériennes. Leur influence s'étend même aux processus biogéochimiques, c'est-à-dire aux cycles naturels qui transforment et recyclent les éléments chimiques dans l'environnement. Par exemple, ces virus pourraient participer à la décomposition de la matière organique ou à la circulation des nutriments dans les sédiments. Leur étude permet de mieux comprendre le fonctionnement de ces écosystèmes profonds, encore largement méconnus. Les scientifiques soulignent que leur destruction par l'activité humaine poserait un risque bien plus grand que leur éventuelle propagation.
La zone de Clarion-Clipperton suscite l'intérêt des industriels en raison de ses ressources en minerais stratégiques, essentiels pour la fabrication de batteries, notamment celles utilisées dans les véhicules électriques. Cependant, cette exploitation potentielle menace directement les écosystèmes profonds. En 2023, une précédente étude avait déjà révélé l'existence de plus de 5 000 espèces animales inconnues dans la même zone. Les scientifiques craignent que l'exploitation minière ne perturbe durablement ces environnements fragiles, avant même que leur biodiversité ne soit pleinement comprise. L'Autorité internationale des fonds marins a déjà délivré 17 contrats d'exploration dans cette zone, dont cinq attribués à la Chine, ce qui accentue les tensions autour de la gestion de ces ressources.
Cette découverte illustre l'urgence de mieux étudier les grands fonds marins avant d'envisager leur exploitation. Les scientifiques estiment que la valeur de cette zone ne se limite pas à ses ressources minérales, mais inclut également son patrimoine biologique, encore largement inexploré. Des voix comme celle du *Sri Lanka Guardian* soulignent que l'exploitation minière ne devrait pas commencer sans une analyse approfondie des écosystèmes concernés. Ces travaux s'inscrivent dans un contexte plus large de prise de conscience des impacts humains sur les milieux marins, alors que seulement 20 % des fonds océaniques ont été cartographiés à ce jour.

