Au rythme actuel, la France deviendrait le pays le plus endetté de l’Union au cours des années 2030
Le pays pourrait ainsi dépasser l’Italie d’ici sept ans L’article Au rythme actuel, la France deviendrait le pays le plus endetté de l’Union au cours des années 2030 est apparu en premier sur Le Grand Continent..
En octobre 2026, la France affiche une dette publique équivalente à 118 % de son produit intérieur brut (PIB), ce qui la place au troisième rang des pays les plus endettés de l’Union européenne. Ce ratio signifie que pour chaque euro produit par l’économie française, l’État doit environ 1,18 euro. À titre de comparaison, l’Italie et la Grèce, souvent citées comme exemples de pays très endettés, affichent respectivement 144 % et 146 % de dette par rapport à leur PIB au premier trimestre 2026. La France se situe donc 21 points en dessous de l’Italie et 26 points en dessous de la Grèce. Cependant, selon les projections de la revue Le Grand Continent, si la tendance actuelle se poursuit sans changement majeur, la France pourrait dépasser ces deux pays d’ici une décennie. Ces calculs reposent sur un scénario central qui suppose que les conditions économiques récentes (taux d’intérêt, croissance du PIB, solde budgétaire) restent stables, sans tenir compte des décisions politiques futures ou des variations économiques.
Les projections indiquent que la France pourrait devenir le pays le plus endetté de l’Union européenne dès 2033, selon un scénario central. Plus précisément, elle dépasserait la Grèce entre 2028 et 2029, puis l’Italie entre 2033 et 2040. Ces dates varient en fonction des six scénarios étudiés, qui intègrent des hypothèses différentes sur l’évolution des taux d’intérêt, de la croissance économique et des politiques budgétaires. Par exemple, dans le pire des cas, la France pourrait atteindre un niveau de dette de 150 % du PIB d’ici 2040, tandis que dans le meilleur scénario, elle se stabiliserait autour de 120 %. Ces projections ne prennent pas en compte d’éventuelles réformes structurelles ou des chocs économiques majeurs, comme une récession ou une hausse brutale des taux d’intérêt. La dette publique est un indicateur clé de la santé financière d’un pays, car elle influence sa capacité à emprunter, à investir et à faire face à des crises.
D’autres pays européens suivent également une trajectoire haussière de leur dette publique. Par exemple, la Pologne pourrait voir sa dette doubler d’ici 2050, passant de 60 % à 123 % du PIB. La Roumanie, quant à elle, verrait sa dette atteindre 113 % du PIB en 2050, contre 59 % en 2025. La Slovaquie enregistrerait une hausse de 37 points, portant sa dette à 98 % du PIB. Même l’Allemagne, souvent perçue comme un modèle de rigueur budgétaire, verrait sa dette augmenter de 16 points d’ici 2050, atteignant près de 80 % du PIB. Ces évolutions soulignent une tendance générale à la hausse de l’endettement public en Europe, bien que les niveaux varient considérablement d’un pays à l’autre. La dette publique est mesurée en pourcentage du PIB pour permettre des comparaisons entre pays de tailles économiques différentes.
Plusieurs indicateurs révèlent une dégradation de la situation financière de la France. Fin septembre 2026, Shahin Vallée, économiste, a mis en garde contre une entrée de la France dans une « zone de danger historique » pour sa dette. Un signal fort est l’écart (spread) entre le taux d’emprunt de la France à 10 ans et celui de l’Allemagne, appelé OAT-Bund spread. Début octobre 2026, cet écart a atteint 140 points de base (1,4 %), soit une hausse de plus de 60 % en un an. Bien que ce niveau reste inférieur au pic historique de 2011 (plus de 200 points de base), il reflète une perte de confiance des marchés dans la capacité de la France à maîtriser sa dette. Cet écart mesure le surcoût que la France doit payer pour emprunter par rapport à l’Allemagne, considérée comme un emprunteur plus sûr.
Malgré ces signaux, la probabilité d’un défaut de paiement de la France sur sa dette dans les cinq prochaines années reste faible. Selon l’économiste américain Paul Krugman, cette probabilité est estimée à seulement 1,2 %. Krugman souligne que, bien que les coûts d’assurance contre un défaut (CDS, ou Credit Default Swaps) aient augmenté, ils restent bien inférieurs à ceux observés en Europe du Sud lors de la crise de la dette souveraine de 2010-2012. Les CDS sont des contrats financiers qui permettent aux investisseurs de se protéger contre le risque de défaut d’un État. Un CDS élevé indique une forte inquiétude des marchés sur la solvabilité d’un pays. La situation de la France, bien que préoccupante, reste donc moins critique que celle de pays comme la Grèce ou l’Italie à l’époque de la crise de l’euro.
Les débats sur le projet de loi de finances pour 2027, qui débutent en octobre 2026, sont cruciaux pour l’avenir économique de la France. Ces discussions interviennent à quelques mois de l’élection présidentielle de 2027, ce qui ajoute une dimension politique à la question de la dette. Les décisions budgétaires prises aujourd’hui auront un impact durable sur la trajectoire de la dette publique. Par exemple, une hausse des dépenses publiques ou une baisse des recettes fiscales pourrait aggraver la situation, tandis qu’une politique de rigueur ou de relance ciblée pourrait la stabiliser. La France doit trouver un équilibre entre le besoin de financer des services publics essentiels et la nécessité de maîtriser son endettement pour éviter une crise de confiance des marchés.

