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Culture

"Naza" : comment filmer l'immontrable ?

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 2 j

Comment filmer l'immontrable ? C'est toute la question que pose "Naza", documentaire réalisé par le journaliste Yuval Abraham et la réalisatrice Rachel Szor qui interrogent 24 officiers de l'armée israélienne qui racontent froidement, implacablement, l'atrocité des méthodes de ciblage utilisées..

Documentaire sur l'armée israélienne

Le podcast Naza explore la réalisation d’un documentaire d’investigation intitulé 2387 km, réalisé par Yuval Abraham, journaliste et cinéaste israélien. Ce film s’intéresse aux actions de l’armée israélienne (Tsahal, acronyme hébreu de Tzva Haganah le-Israël) dans les territoires palestiniens occupés. Le titre Naza fait référence à un terme hébreu désignant une « mission secrète » ou une opération militaire non officielle. Le documentaire repose sur des témoignages anonymes de soldats israéliens, recueillis par Yuval Abraham sur les toits de Tel Aviv, dans un contexte où la parole des militaires est généralement protégée par des règles de confidentialité strictes. L’objectif est de révéler des pratiques militaires souvent cachées au grand public, en s’appuyant sur des récits de première main.

Enjeux de l'anonymat

L’un des défis majeurs du projet Naza réside dans la collecte de témoignages anonymes. Les soldats israéliens interviewés ont accepté de parler sous couvert d’anonymat, car leurs déclarations pourraient les exposer à des sanctions disciplinaires ou à des poursuites judiciaires. Le documentaire met en lumière les dilemmes éthiques et juridiques liés à la diffusion d’informations sensibles. Yuval Abraham a dû créer un protocole strict pour protéger l’identité des témoins, tout en garantissant la crédibilité des récits. Ce travail s’inscrit dans un contexte où les médias israéliens sont souvent critiqués pour leur manque de transparence sur les opérations militaires, notamment dans les zones de conflit comme la Cisjordanie ou Gaza.

Méthodologie de l'enquête

Pour réaliser 2387 km, Yuval Abraham a adopté une approche méthodique en interrogeant 24 soldats israéliens, chacun ayant servi dans des unités différentes et à des périodes variées. Le chiffre de 2 387 kilomètres fait référence à la distance approximative entre les deux points extrêmes des territoires palestiniens occupés, illustrant l’étendue géographique des opérations militaires étudiées. Le documentaire utilise des techniques de cinéma direct, une méthode où le réalisateur filme des situations réelles sans intervention, pour capturer des moments authentiques. Abraham a également collaboré avec des experts en sécurité pour vérifier la cohérence des témoignages et éviter les manipulations ou les exagérations.

Réactions et controverses

Le documentaire 2387 km a suscité des réactions contrastées en Israël et à l’international. Certains médias et organisations de défense des droits humains ont salué le courage des témoins et la pertinence du travail journalistique, soulignant l’importance de révéler des pratiques militaires potentiellement illégales. À l’inverse, des responsables politiques et militaires israéliens ont critiqué le film, l’accusant de nuire à la réputation de l’armée et de compromettre la sécurité nationale. Le débat porte notamment sur la légitimité de diffuser des informations classifiées, même si elles révèlent des abus. Ce documentaire s’inscrit dans une tendance plus large de remise en question des institutions militaires, notamment depuis les conflits récents à Gaza.

Ce que ça pourrait changer

Le podcast *Naza* et le documentaire *2387 km* ont été diffusés sur plusieurs plateformes, notamment via France Culture, ce qui a permis une large diffusion en France et dans les pays francophones. Le projet vise à sensibiliser le public aux enjeux des conflits modernes, où les frontières entre information et propagande deviennent de plus en plus floues. Yuval Abraham a également organisé des projections et des débats dans des festivals de cinéma et des universités, afin d’engager un dialogue sur les responsabilités des journalistes et des citoyens face à la guerre et à la désinformation. L’objectif est de montrer que le journalisme d’investigation peut jouer un rôle clé dans la promotion de la transparence et de la justice.

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