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Philippe Sands, l’avocat conteur d’histoires 4/5 : Immunité

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 1 h

Des conditions et des limites de la responsabilité pénale des dirigeants..

Impunité : un choix politique

Philippe Sands, avocat et écrivain franco-britannique, souligne que l'impunité des criminels de guerre n'est jamais le fruit du hasard, mais le résultat de choix juridiques et politiques répétés. Il prend l'exemple de figures comme Augusto Pinochet (dictateur chilien) ou Walther Rauff (officier nazi), qui ont échappé à toute condamnation et sont morts dans leur lit. Ces cas illustrent comment des systèmes judiciaires ou des décisions politiques peuvent protéger des individus responsables de crimes graves. Sands relie cette idée à des événements récents, comme l'arrêt rendu par la Cour suprême des États-Unis en juillet 2024, qui a accordé une forme d'immunité présidentielle absolue au président américain, limitant ainsi sa responsabilité pénale. Cette décision montre comment le droit peut être utilisé pour éviter des poursuites, même pour des actes graves.

Tribunal spécial pour l'Ukraine

En réponse à l'agression russe contre l'Ukraine, Philippe Sands et l'ancien ministre français de la Justice Robert Badinter ont proposé la création d'un tribunal spécial pour juger les principaux responsables de cette guerre. Ce tribunal, dont la création est prévue le 15 mai 2026 à Lviv (Ukraine), fonctionnera aux côtés d'autres instances judiciaires internationales comme la Cour pénale internationale (CPI) et la Cour internationale de justice (CIJ). Ces institutions, créées pour poursuivre les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité, visent à garantir que les responsables ne restent pas impunis. Sands souligne l'importance de ces mécanismes pour rétablir un semblant de justice dans un contexte de conflit encore en cours.

Responsabilité individuelle vs groupe

Philippe Sands explore une tension fondamentale dans le droit international, héritée du tribunal de Nuremberg (1945-1946), entre deux concepts juridiques forgés par les juristes Hersch Lauterpacht et Raphael Lemkin : le crime contre l'humanité, qui protège l'individu en punissant les actes inhumains commis à grande échelle, et le génocide, qui vise l'anéantissement d'un groupe entier (ethnique, religieux, etc.). Sands explique que cette tension le touche personnellement, notamment en raison de ses origines familiales. Il évoque un moment où il a ressenti cette dualité de manière poignante, devant un charnier où reposaient à la fois les ancêtres de Lauterpacht et les siens. Cette réflexion influence son travail sur les bourreaux et leurs descendants, comme dans son documentaire My Nazi Legacy : What Our Fathers Did, où il confronte les fils de deux dignitaires nazis à l'histoire de leurs pères.

Limites éthiques du juriste

Philippe Sands revient sur un épisode moins connu de sa carrière : en 2007, il a accepté de fournir un conseil juridique à Bachar al-Assad, le dictateur syrien alors au pouvoir. Cette décision, qu'il qualifie lui-même de limite éthique, soulève des questions sur les frontières de la responsabilité d'un avocat. Sands explique que ce choix s'inscrivait dans une démarche professionnelle, mais qu'il a depuis pris du recul sur cette expérience. Cet épisode illustre les dilemmes auxquels peuvent être confrontés les juristes lorsqu'ils doivent concilier leur devoir de défense des droits humains avec les réalités politiques et les demandes de régimes controversés.

Ce que ça pourrait changer

Philippe Sands est l'auteur de plusieurs ouvrages traduits en français qui explorent les thèmes de l'impunité, de la justice internationale et de la mémoire historique. Parmi ses livres les plus connus figurent *Retour à Lemberg* (2017), qui retrace son enquête sur les origines du droit international à travers l'histoire de sa famille, *La Filière* (2020), qui examine les réseaux nazis en Amérique du Sud après la Seconde Guerre mondiale, et *La dernière colonie* (2022), qui aborde la question de la décolonisation et de ses conséquences juridiques. En 2025, il publie *38, rue de Londres : de l'impunité, Pinochet et le nazi de Patagonie*, un essai qui synthétise ses réflexions sur l'impunité et les mécanismes de protection des criminels de guerre. Ces travaux montrent comment le droit peut à la fois servir la justice et, parfois, la contourner.

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