Gaza, Ukraine : comment nous avons renoncé au droit international
Un an après le cessez-le-feu négocié par Donald Trump, et une semaine après le deal avec Poutine, peut-on dire qu'à Gaza comme en Ukraine les "deals" ont remplacé le droit international ? C'est la thèse que développe notre invité, l'historien Jean-Pierre Filiu, dans son dernier livre..
En octobre 2026, un an après la signature d’un plan de paix pour Gaza négocié par Donald Trump, les résultats sont décevants. Ce plan prévoyait un cessez-le-feu, le retour des otages israéliens détenus par le Hamas contre la libération de prisonniers palestiniens, ainsi qu’un retrait de l’armée israélienne de Gaza. Pourtant, les combats persistent avec une moyenne de 4 morts par jour sous les frappes israéliennes, et l’aide humanitaire reste largement bloquée. Ce constat illustre un affaiblissement du droit international, remplacé par des deals bilatéraux, c’est-à-dire des accords commerciaux ou politiques conclus hors du cadre des institutions internationales. Une semaine avant cette émission, Donald Trump a signé un autre deal avec Vladimir Poutine : une levée partielle des sanctions contre la Russie en échange de livraisons de gazole, ce qui fragilise une stratégie internationale visant à affaiblir l’économie de guerre russe.
Les trois dirigeants mentionnés — Donald Trump (États-Unis), Vladimir Poutine (Russie) et Benjamin Netanyahou (Israël) — sont pointés du doigt pour leur rôle dans l’érosion du droit international. Leur approche privilégie des accords ponctuels et pragmatiques, souvent au mépris des règles établies après la Seconde Guerre mondiale, comme la Charte des Nations Unies ou les conventions de Genève. Par exemple, le plan de paix pour Gaza a été négocié en dehors des instances onusiennes, tout comme l’accord récent entre Trump et Poutine contourne les mécanismes de sanction collective décidés par l’Union européenne et les États-Unis. Ces pratiques transforment les relations internationales en transactions commerciales, où la force et les intérêts immédiats priment sur le respect des normes juridiques internationales.
Les accords signés à Gaza et en Ukraine ne sont pas des cas isolés : ils reflètent une tendance plus large où le droit international est progressivement remplacé par des deals géopolitiques. Selon l’historien Jean-Pierre Filiu, auteur du livre L’étrange aveuglement : comment les grandes puissances fabriquent un monde sans droit, ces pratiques ont des répercussions bien au-delà des zones de conflit. Par exemple, l’affaiblissement des sanctions contre la Russie pourrait encourager d’autres États à contourner les règles internationales, comme l’Iran ou la Corée du Nord. De même, l’échec apparent du plan de paix pour Gaza montre que les solutions négociées en dehors du cadre légal peinent à apporter une paix durable, tout en exacerbant les tensions locales et régionales.
Jean-Pierre Filiu, professeur d’histoire du Moyen-Orient à Sciences Po Paris, analyse cette évolution comme une rupture avec l’ordre international né après 1945. À cette époque, les États avaient convenu de créer des institutions comme l’ONU, la Cour pénale internationale (CPI) ou le droit international humanitaire pour éviter de nouvelles guerres mondiales. Cependant, depuis les années 2000, et plus encore avec l’élection de Donald Trump en 2016, les grandes puissances ont de plus en plus recours à des solutions ad hoc, souvent opaques et déséquilibrées. Ces deals reflètent une logique de rapport de force plutôt qu’un engagement envers la justice ou l’équité, ce qui menace la crédibilité des institutions internationales et alimente un sentiment d’injustice dans les pays concernés.
L’article souligne que ces pratiques pourraient avoir des conséquences durables sur la stabilité mondiale. Si les grandes puissances continuent de privilégier les accords bilatéraux au détriment du droit international, cela pourrait encourager d’autres conflits ou crises humanitaires. Par exemple, l’Ukraine, déjà fragilisée par l’invasion russe, pourrait voir son sort lié à celui de Gaza, où les *deals* ont échoué à apporter une solution juste. À l’inverse, un retour à des mécanismes multilatéraux, comme les négociations sous l’égide de l’ONU, pourrait redonner du poids au droit international. Cependant, l’article ne mentionne pas de solutions concrètes proposées par les intervenants, se limitant à décrire cette tendance et ses risques.

