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Les plus modestes sont plus sensibles aux incitations écologiques, même si cela leur coûte plus cher

The Conversation France · mis à jour il y a 16 j

L’ESSENTIEL Pour favoriser les comportements écologiques, les « nudges » sont largement utilisés par les décideurs publics à travers le monde. Contrairement à une taxe ou à une interdiction, le nudge est un outil qui vise à influencer un choix sans contraindre qui que ce soit.

Les nudges verts

Un nudge vert est un outil utilisé par les décideurs publics pour encourager des comportements écologiques sans contraindre les individus. Contrairement à une taxe ou une interdiction, il s’agit d’un « coup de pouce » qui modifie le contexte d’un choix pour le rendre plus simple, visible ou probable, sans imposer une option. Par exemple, indiquer sur une facture d’électricité que les voisins consomment moins peut inciter à réduire sa propre consommation, sans augmenter le prix. Ces nudges sont populaires car leur mise en œuvre est peu coûteuse et ne restreint pas la liberté de choix. Ils s’appuient sur des mécanismes psychologiques comme le biais de statu quo (tendance à garder l’option proposée par défaut) ou la comparaison sociale (influence des choix des autres).

Adoption mondiale

Les nudges verts sont utilisés dans le monde entier depuis les années 2010. Le Royaume-Uni a créé la première unité gouvernementale dédiée en 2010, et on en compte aujourd’hui plus de 200 dans plus de 50 pays. Singapour a été pionnier en intégrant ces outils dans ses politiques environnementales dès 2011. La France et d’autres pays de l’OCDE ont suivi. Ces unités s’appuient sur des recherches en psychologie et économie comportementale pour concevoir des interventions comme des contrats d’électricité verte proposés par défaut, des menus végétariens par défaut ou des engagements personnels pour réduire les déchets. Leur succès repose sur leur faible coût et leur caractère non contraignant.

Efficacité inégale

Les nudges verts ne touchent pas tous les ménages de la même manière. Une étude montre que les personnes à revenus modestes réagissent plus fortement aux nudges que les ménages aisés. Par exemple, en Suisse, lorsque des contrats d’électricité verte plus chers étaient proposés par défaut, les foyers modestes les conservaient plus souvent que les foyers aisés, même si ces contrats ne correspondaient pas à leurs préférences. Cela s’explique par des mécanismes psychologiques renforcés chez les personnes en situation de précarité, comme le biais de statu quo (peur de perdre) ou la comparaison sociale (suivre les choix des autres pour éviter les erreurs).

Coût disproportionné

Les gestes écologiques encouragés par les nudges ont souvent un coût pour les ménages modestes, sans contrepartie personnelle. Par exemple, un produit écoresponsable ou un contrat d’électricité verte peut coûter 10 € de plus par mois, ce qui représente une part bien plus importante du budget d’un ménage gagnant 1 000 € par mois que d’un ménage gagnant 10 000 €. Pourtant, les ménages modestes polluent moins que les plus aisés : les 10 % les plus riches émettent près de la moitié du CO₂ mondial, contre 12 % pour la moitié la plus pauvre. Les nudges, en ciblant davantage les ménages modestes, peuvent donc creuser les inégalités.

Exemples concrets

Plusieurs études illustrent l’impact des nudges verts. Une expérience sur près de 600 000 ménages a montré qu’une simple information sur la consommation des voisins réduisait la consommation d’électricité de manière comparable à une augmentation du tarif de 11 à 20 %. En Allemagne, proposer par défaut un contrat d’électricité verte a multiplié par dix son adoption. Aux États-Unis, des expériences en ligne ont révélé que l’effet des nudges était deux à cinq fois plus fort chez les participants disposant de moins de ressources, en raison d’une moindre aisance avec les notions financières.

Ce que ça pourrait changer

Les nudges verts ne doivent pas être considérés comme des outils universellement équitables. Leur efficacité varie selon les revenus, et ils peuvent peser davantage sur les ménages modestes. Pour limiter ces inégalités, il est recommandé de les réserver aux gestes qui profitent aussi directement à ceux qui les adoptent, comme se déplacer à vélo. Ils ne remplacent pas d’autres outils comme la réglementation, l’investissement public ou la fiscalité, mais doivent être évalués en tenant compte de leur impact redistributif. Leur conception doit inclure une vérification de leur effet selon les revenus pour garantir une répartition équitable des coûts et des bénéfices.

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