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Culture

Lucie Rico ou l’obsession d’une phrase inachevée

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 20 j

Jennifer perd la touche « point » de son clavier, drame domestique anodin qui la plonge dans une obsession bien plus vaste : terminer une phrase restée en suspens et reconstruire une scène traumatique…..

Roman et quête narrative

Le dernier roman de Lucie Rico, intitulé Mais que fait ce sang sur le pull de Jennifer, explore une quête littéraire et psychologique. L’auteure y suit une narratrice confrontée à une phrase inachevée, symbolisant un trauma non résolu. Cette phrase, restée en suspens, représente un souvenir douloureux lié à son enfance, notamment à Perpignan. Le récit utilise le langage comme outil pour reconstruire une mémoire fragmentée, en évitant les versions figées imposées par la famille. L’écriture devient ainsi un moyen de réinventer des récits personnels, loin des récits imposés ou des silences familiaux.

Disparition du point

Un élément déclencheur perturbe cette quête : la disparition de la touche « point » du clavier de la narratrice. Ce détail anodin prend une dimension symbolique, car le point représente la conclusion, la fin d’une phrase ou d’un raisonnement. Sans lui, tout semble rester en suspens, comme si le monde perdait ses limites claires. Cette situation absurde illustre l’obsession de la narratrice pour achever une phrase qui lui échappe, tout en soulignant l’importance de la ponctuation comme structure dans le langage et la pensée.

Trauma et mémoire

Le roman aborde la question du trauma sexuel et de son impact sur la mémoire. La narratrice tente de rembobiner « la cassette de l’enfance », une métaphore pour décrire le processus de reconstruction des souvenirs. Elle utilise le langage comme symptôme, c’est-à-dire comme indice ou manifestation visible d’un mal-être profond. L’objectif n’est pas de trouver une réponse définitive, mais de créer de nouvelles phrases, des récits alternatifs qui échappent aux versions imposées par son entourage familial.

Contexte culturel

Le roman est évoqué dans le cadre du Book Club, un podcast de Radio France animé par Marie Richeux. Lors de l’émission diffusée le 17 septembre 2025, Lucie Rico est invitée à discuter de son œuvre. L’émission La Grande Librairie sur France 5, animée par Augustin Trapenard, est également mentionnée comme un espace de promotion culturelle. Ces références situent le roman dans le paysage littéraire contemporain, tout en soulignant son ancrage dans des débats sur la mémoire, l’identité et la création artistique.

Ce que ça pourrait changer

Lucie Rico utilise le langage comme un terrain de jeu et de reconstruction. Le roman interroge la manière dont les mots, les phrases et leur ponctuation structurent notre perception du monde. La disparition du point illustre cette fragilité : sans ponctuation, le sens se dissout, tout comme les souvenirs peuvent se fragmenter face à un trauma. L’écriture devient alors un acte de résistance, permettant d’inventer de nouvelles façons de raconter son histoire, au-delà des récits familiaux ou sociaux.

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