Donald Trump a réussi à se mettre à dos les agriculteurs et les éleveurs, et c'est très mauvais pour lui
À l'approche des élections de mi-mandat du 3 novembre, la colère gronde dans les campagnes américaines. Entre droits de douane et hausse des prix du carburant et des engrais, les politiques de l'administration Trump pèsent sur les exploitations agricoles et fragilisent le soutien d'un électorat jusqu'ici largement acquis..
Yvette Mannon, éleveuse dans l'État du Nebraska, fait face à une série de difficultés depuis le début de l'année 2026. En avril, un incendie a détruit 6,5 kilomètres carrés de terres et 21 kilomètres de clôtures autour de son ranch, acquis en 2002. Son exploitation, située dans une région de collines verdoyantes, comprend des silos à céréales, des parcs d'engraissement et des champs où paissent 300 bovins. Bien que le cheptel ait survécu, les clôtures n'ont pas pu être remplacées en raison de l'explosion des prix de l'acier, aggravée par les droits de douane imposés par Donald Trump. La facture pour ces clôtures aurait atteint 300 000 dollars (environ 268 000 euros). Par ailleurs, le transport du foin nécessaire au bétail est devenu plus coûteux en raison de la hausse des prix du carburant, elle-même liée à la guerre en Iran.
En août 2026, l'administration Trump a annoncé la suspension temporaire des taxes sur l'importation de 300 000 tonnes de viande de bœuf. Cette mesure a provoqué la colère des agriculteurs américains, qui se retrouvent en concurrence directe avec des producteurs étrangers. Yvette Mannon a exprimé son sentiment de trahison face à cette décision. Les agriculteurs et éleveurs subissent déjà les conséquences de sécheresses répétées, d'un cheptel bovin à un niveau historiquement bas et de tensions sur les marchés. Ces difficultés s'ajoutent aux effets des choix économiques de la Maison-Blanche, poussant certains à remettre en question leur soutien à Donald Trump.
Les droits de douane, une mesure phare de la politique économique de Donald Trump, ont des répercussions majeures sur les coûts des exploitations agricoles. Ils ont fait grimper les prix de l'acier, des machines, du bois et des engrais, essentiels au fonctionnement des fermes. Par exemple, les prix du diesel et des engrais ont fortement augmenté en raison de la guerre en Iran, aggravant les difficultés financières des agriculteurs. James Mitchell, professeur d'économie agricole à l'université de l'Arkansas, explique que ces droits de douane ont un impact négatif sur l'ensemble des marchés du bétail. Le secteur agricole américain fonctionne par cycles de dix à douze ans, alternant des années fastes et des années difficiles. Après une période lucrative, le marché connaît désormais un ralentissement.
Le mécontentement des agriculteurs et éleveurs pourrait se traduire dans les urnes lors des élections de mi-mandat américaines, prévues le 3 novembre 2026. Don Batie, un paysan spécialisé dans la culture du maïs et du soja, a vu les prix du maïs chuter de près de 40 % entre 2022 et 2025. Cette baisse l'a conduit à renoncer à transmettre sa ferme à sa fille. Déçu par la politique agricole de Donald Trump, il affirme que le soutien des agriculteurs au président américain s'érode. Le secteur agricole reste cependant résilient : à Broken Bow, une petite ville du Nebraska de 3 500 habitants, une vente aux enchères de bétail attire des personnes vêtues de tenues traditionnelles, comme des chapeaux de cow-boy et des chemises à carreaux.
Face à la crise, Donald Trump et le gouverneur du Nebraska, Jim Pillen, ont annoncé des mesures de réduction des coûts du carburant pour les agriculteurs et éleveurs. Ces mesures visent à atténuer l'impact de la hausse des prix du diesel et des engrais, deux produits essentiels aux exploitations agricoles. Cependant, ces annonces interviennent tardivement et pourraient ne pas suffire à apaiser la frustration dans les campagnes. Le secteur agricole, malgré les difficultés, reste optimiste : Yvette Mannon souligne que les personnes travaillant dans ce milieu sont des optimistes invétérés, sans quoi elles ne s'y lanceraient pas.

