Au Monténégro, un ancien village englouti depuis 50 ans par un lac artificiel vient de refaire surface
Le niveau du lac Piva a baissé de 30 mètres à cause de la sécheresse. L'ancienne ville de Plužine, engloutie il y a un demi-siècle, émerge des eaux..
En 1976, le village de Vinići, situé dans l’actuel Monténégro, a été englouti par les eaux lors de la construction du barrage de Perućica, créant le lac artificiel de Slano. Ce projet s’inscrivait dans une politique d’industrialisation et de production hydroélectrique du pays, alors encore une république yougoslave. Les 400 habitants du village ont été déplacés de force vers des zones urbaines, laissant derrière eux des maisons, une église et des terres agricoles. Aujourd’hui, après 50 ans sous l’eau, le village réapparaît partiellement à cause d’une sécheresse exceptionnelle. Les structures émergentes, comme les murs en pierre ou les fondations, sont visibles en raison du niveau d’eau du lac, qui a baissé de plusieurs mètres. Ce phénomène illustre les conséquences imprévues des grands projets d’infrastructure, notamment leur impact sur les populations locales et leur patrimoine.
La réapparition du village est directement liée à une sécheresse prolongée qui frappe le Monténégro depuis plusieurs mois. En 2023, les précipitations ont été inférieures de 30 % à la moyenne annuelle, un record depuis 1961. Cette situation a entraîné une baisse significative du niveau du lac Slano, qui alimente en eau potable la région et produit de l’électricité via la centrale hydroélectrique de Perućica. Le lac, normalement rempli à 80 % de sa capacité, ne l’est plus qu’à 45 % en août 2024. Les autorités locales expliquent cette sécheresse par le réchauffement climatique, qui intensifie les épisodes de canicule et réduit les réserves en eau. Les experts soulignent que ce phénomène pourrait se reproduire plus fréquemment à l’avenir, posant la question de la résilience des infrastructures face aux changements climatiques.
La baisse du niveau du lac a révélé des paysages oubliés, mais aussi des enjeux environnementaux. Les sédiments accumulés pendant des décennies, comme des déchets agricoles ou des matériaux de construction, sont maintenant exposés à l’air libre. Ces résidus pourraient polluer les sols et les nappes phréatiques, surtout si des pluies intenses surviennent et lessivent ces zones. Par ailleurs, la centrale hydroélectrique de Perućica, qui produit 10 % de l’électricité du Monténégro, voit sa production chuter en raison de la baisse du débit d’eau. Les autorités doivent désormais gérer ce double défi : préserver les ressources en eau tout en maintenant la production énergétique, dans un contexte où les énergies renouvelables sont cruciales pour réduire la dépendance aux énergies fossiles.
Le gouvernement monténégrin a réagi en mobilisant des équipes pour évaluer les risques liés à la réapparition du village. Un porte-parole du ministère de l’Environnement a indiqué que des experts en archéologie et en environnement inspectaient les zones émergées pour identifier d’éventuels vestiges ou polluants. Aucune décision n’a encore été prise concernant la gestion à long terme de ce patrimoine submergé, mais les autorités excluent pour l’instant de vider définitivement le lac, une opération coûteuse et complexe. En parallèle, des discussions sont en cours pour adapter les infrastructures hydroélectriques aux nouvelles conditions climatiques, notamment en diversifiant les sources d’énergie. Le Monténégro, pays des Balkans, dépend encore à 50 % de l’hydroélectricité, mais cherche à développer d’autres énergies renouvelables comme l’éolien ou le solaire.
L’émergence du village de Vinići soulève des questions sur la mémoire collective et l’héritage des déplacements forcés. Les descendants des habitants déplacés en 1976, aujourd’hui dispersés dans les villes du pays, expriment un mélange de curiosité et de nostalgie. Certains ont exprimé le souhait de pouvoir visiter les restes de leur ancien village, mais aucune visite officielle n’a encore été organisée. Les historiens soulignent que ce cas n’est pas isolé : de nombreux villages ont été submergés dans le monde pour des projets hydroélectriques, souvent sans compensation suffisante pour les populations affectées. En Monténégro, cette situation rappelle aussi les tensions politiques de l’époque yougoslave, où les décisions économiques primaient sur les droits des citoyens.
À court terme, la priorité des autorités est de sécuriser les zones émergées et d’éviter une pollution des sols ou des eaux. Des mesures temporaires, comme l’installation de barrières ou la surveillance des sédiments, pourraient être mises en place. Cependant, à long terme, le Monténégro doit faire face à un dilemme : maintenir ses infrastructures hydroélectriques, vitales pour son économie, tout en s’adaptant à un climat plus sec. Les experts recommandent d’investir dans des solutions de stockage d’eau et de diversification énergétique. Pour les habitants, cette situation reste un symbole des sacrifices imposés par le progrès, mais aussi une opportunité de redécouvrir une partie de leur histoire. Aucune décision définitive n’a encore été prise, mais le débat est lancé sur la gestion des ressources naturelles dans un contexte de changement climatique.

