Alain Gomis : « Le sentiment d’être exclu des images est d’une grande violence »
L’histoire de Dao se déroule autour d'un mariage en banlieue parisienne et d'une cérémonie funéraire en Guinée-Bissau. Le nouveau long-métrage d’Alain Gomis rééquilibre le regard et permet à un village de se réapproprier son récit dans la grande histoire.
Alain Gomis, cinéaste franco-sénégalais, a réalisé un nouveau film intitulé Dao, dont la sortie est prévue le 29 avril 2026. Ce long-métrage, d’une durée de trois heures, explore les liens entre une famille d’Afrique de l’Ouest installée en France et un village en Guinée-Bissau. Le film alterne entre deux événements majeurs : un mariage en banlieue parisienne et une cérémonie funéraire en Afrique. L’œuvre aborde des thèmes comme la transmission, la mémoire, les rapports familiaux et les enjeux postcoloniaux, en mettant en lumière des émotions, des souvenirs et des comportements collectifs. Le titre Dao fait référence à un concept philosophique chinois, le Tao, symbolisant un mouvement perpétuel et circulaire unissant le monde.
Le film Dao est structuré autour de deux lieux principaux : la région parisienne, où se déroule le mariage, et un village en Guinée-Bissau, où a lieu la cérémonie funéraire. Ces deux séquences sont entrecoupées de plans issus d’un casting qui devient une partie intégrante du récit. Le film met en scène des personnages variés, comme Gloria (interprétée par Cathy Correa), une femme rayonnante qui incarne la connexion entre les deux continents. L’œuvre aborde des sujets complexes tels que les rapports postcoloniaux, les dynamiques familiales, les traditions rituelles et les tensions générationnelles. Alain Gomis y explore également des thèmes comme la révolte, l’angoisse et les rêves des personnages, en intégrant des éléments mystiques, des chants et des règlements de compte.
Alain Gomis souligne dans cet entretien que le sentiment d’être exclu des images, c’est-à-dire de ne pas se reconnaître ou de ne pas être représenté dans les récits visuels dominants, est une forme de violence. Cette exclusion peut concerner des groupes ou des individus qui ne se retrouvent pas dans les représentations culturelles, médiatiques ou artistiques dominantes. Pour le cinéaste, cette absence de représentation peut avoir un impact profond sur l’identité, la dignité et la place dans la société des personnes concernées. Dans Dao, Gomis cherche à rééquilibrer ce regard en offrant une visibilité à des récits et des personnages souvent marginalisés, notamment ceux issus de l’héritage postcolonial.
Le film Dao s’inscrit dans une réflexion sur les rapports postcoloniaux, c’est-à-dire les relations complexes entre les anciennes puissances coloniales et les pays ou communautés qui en ont été victimes. Alain Gomis aborde ces enjeux à travers le prisme de la transmission, en explorant comment les héritages historiques, culturels et familiaux se transmettent entre les générations. Le film montre comment ces héritages influencent les rêves, les désirs, les révoltes et les angoisses des personnages, tout en soulignant leur universalité. Cette approche permet de toucher un public large, car les thèmes abordés concernent des enjeux qui dépassent les frontières géographiques et culturelles.
Alain Gomis utilise dans Dao une approche cinématographique innovante pour traiter des thèmes complexes. Le film intègre des séquences tournées lors d’un casting, qui deviennent une composante essentielle du récit. Cette méthode permet de mêler fiction et réalité, en donnant une place centrale aux acteurs et à leurs personnalités. Le cinéaste alterne également entre des scènes collectives, où les comportements et les émotions s’expriment de manière organique, et des plans plus intimes, centrés sur des personnages singuliers. Cette diversité des formes cinématographiques reflète la complexité des thèmes abordés et offre une expérience immersive au spectateur.
Bien que *Dao* traite de sujets spécifiques liés à l’héritage postcolonial et aux dynamiques familiales en Afrique de l’Ouest et en France, le film vise une universalité. Alain Gomis explique que les thèmes abordés, comme la transmission, la mémoire, la révolte ou l’angoisse, concernent tous les spectateurs, quelle que soit leur origine. Le film cherche ainsi à créer un dialogue entre les cultures et les générations, en montrant comment les histoires individuelles s’inscrivent dans des récits plus larges. Cette approche permet de dépasser les clivages et de mettre en lumière des émotions et des expériences partagées par l’humanité.

