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Généraliste

« L’eau, c’est la vie » : les chefs autochtones pressent Ottawa d’agir sur l’eau potable

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 22 j

Des chefs estiment que le projet de loi C-37 affaiblit leurs droits et réclament des modifications majeures..

Contexte politique

En juin 2025, le gouvernement canadien a déposé le projet de loi C-37, présenté comme un nouveau cadre législatif pour garantir un accès durable à une eau potable salubre dans les communautés des Premières Nations. Ce texte remplace le projet de loi C-61, qui n’avait pas abouti en raison de la prorogation du Parlement en janvier 2025. Ottawa y associe un investissement de 4,6 milliards de dollars pour les infrastructures. Cependant, dès l’assemblée générale annuelle de l’Assemblée des Premières Nations (APN), la cheffe nationale Cindy Woodhouse Nepinak a critiqué ce projet, estimant qu’il revenait en arrière sur des avancées négociées dans le projet C-61. Elle souligne notamment l’absence de reconnaissance explicite du droit des Premières Nations à une eau potable, ainsi qu’un affaiblissement de la protection des sources d’eau, soumise au veto des provinces.

Crise de l'eau persistante

Malgré les engagements fédéraux, des dizaines de communautés autochtones vivent encore avec des infrastructures d’eau défaillantes ou des avis de longue durée sur la qualité de l’eau potable. Selon le chef régional Brendan Mitchell, 38 avis de ce type sont toujours en vigueur au Canada, dont 28 en Ontario. Il cite l’exemple extrême de la communauté de Neskantaga, en Ontario, où l’eau doit être bouillie depuis 30 ans en raison de sa contamination. Mitchell rappelle que les Premières Nations n’ont pas participé à la rédaction du projet de loi C-37, contrairement au projet C-61, et exige que le droit à l’eau potable soit reconnu comme un droit fondamental. Il souligne aussi que les investissements annoncés (4,6 milliards de dollars) restent très en dessous des besoins estimés à 44 milliards de dollars pour combler le déficit des infrastructures liées à l’eau.

Réactions des chefs autochtones

Plusieurs chefs autochtones ont exprimé leur colère et leur désillusion face au projet de loi C-37. Tyson Wesley, directeur général de Kashechewan en Ontario, a partagé un témoignage poignant : sa communauté est évacuée depuis six mois en raison de la défaillance de ses infrastructures, et il a demandé combien de morts supplémentaires seraient nécessaires pour que le gouvernement agisse. Jocelyn Wabano-Lahtail, Crie d’Attawapiskat, a évoqué le lien entre la contamination de l’eau et les cancers dans sa communauté, qualifiant cette situation de génocide continu. Ramon Mahegkan Kataquapit a mis en garde contre les projets industriels qui menacent les bassins versants et les territoires autochtones. Ces témoignages illustrent l’urgence et la frustration des communautés face à l’inaction perçue.

Position du gouvernement

La secrétaire parlementaire Ginette Lavack a défendu le projet de loi C-37 en affirmant que les enfants devraient pouvoir boire l’eau du robinet en toute sécurité et que les familles devraient avoir confiance dans l’eau de leur domicile. Elle a rappelé que depuis 2015, plus de 156 avis de longue durée sur la qualité de l’eau ont été levés grâce aux investissements fédéraux. Selon elle, le projet de loi vise à établir des normes minimales nationales, à renforcer la protection des sources d’eau et à reconnaître le droit inhérent des Premières Nations à gérer les eaux sur leurs terres. Elle a également promis que les consultations se poursuivraient pendant l’étude parlementaire du texte.

Ce que ça pourrait changer

Malgré les assurances du gouvernement, plusieurs chefs autochtones, comme Linda Debassige, grande cheffe du Grand Conseil de la Nation Anishinabek, estiment que le projet de loi C-37 reproduit les mêmes erreurs que par le passé. Elle dénonce un affaiblissement du texte au moment même où le gouvernement conteste devant les tribunaux certaines obligations fédérales liées à l’accès à l’eau potable. Debassige rappelle que lors des travaux sur le projet C-61, les recommandations visant à renforcer la loi avaient finalement été rejetées. Elle qualifie la situation de jeu politique, tandis que les communautés continuent d’attendre une eau sécuritaire. Certains chefs vont jusqu’à exiger des modifications majeures du texte ou son rejet pur et simple.

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