Ultra-trail running: why women excel yet remain under-represented
KEY TAKEAWAYS In May 2026, the American ultrarunner Rachel Entrekin became the first woman to win the Cocodona 250-miler in Arizona, a flagship event in the sport. While women excel at very long distances, they remain under-represented.
Les femmes excellent dans les courses d'ultra-trail, qui sont des épreuves de course à pied en pleine nature dépassant la distance d'un marathon (42,2 km). Par exemple, en mai 2026, Rachel Entrekin, une coureuse américaine de 34 ans, est devenue la première femme à remporter le Cocodona 250, une course de 400 km en Arizona, en battant le record de l'épreuve de plus d'une heure. De même, en 2026, Blandine L’Hirondel a remporté l'Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB) en moins de 22 heures, une première pour une femme. Ces performances ne sont pas des exceptions, mais s'inscrivent dans une tendance : plus la distance est longue, plus l'écart de performance entre les femmes et les hommes se réduit. Sur 10 km, les femmes sont en moyenne 19 % plus lentes que les hommes, tandis que sur 200 km, l'écart n'est plus que de 3 %.
Malgré leurs performances, les femmes restent sous-représentées dans les ultra-trails. Par exemple, sur les courses de 100 miles (160 km), elles ne représentent que 16 % des participants, et moins de 10 % sur les courses de 200 km. Pourtant, plus la distance augmente, plus leur participation diminue, alors que leur performance se rapproche de celle des hommes. Ce paradoxe s'explique par des facteurs sociaux : manque de temps pour s'entraîner en raison des tâches domestiques, coût élevé des équipements et des inscriptions, manque de modèles féminins inspirants, et insécurité lors des entraînements en solo. Ces obstacles filtrent les participantes avant même qu'elles ne s'inscrivent à une course.
Les femmes possèdent des avantages physiologiques en ultra-endurance, notamment une meilleure résistance à la fatigue et une gestion plus économique de l'énergie. Une étude publiée en 2021 dans la revue Sports Medicine montre que l'écart de performance entre femmes et hommes, d'environ 10 % sur un marathon, chute à 4 % sur des épreuves d'ultra-endurance. Ces avantages ne se manifestent que dans des conditions extrêmes, comme les ultra-trails, où la gestion de l'énergie et la résistance mentale sont cruciales. Cependant, ces atouts sont souvent éclipsés par des risques spécifiques, comme le déficit énergétique relatif dans le sport (RED-S), qui perturbe les hormones, affaiblit les os et compromet le système immunitaire.
Les femmes en ultra-trail sont particulièrement exposées au déficit énergétique relatif dans le sport (RED-S), un déséquilibre prolongé entre les calories brûlées à l'entraînement et celles consommées. Ce syndrome, reconnu par le Comité International Olympique depuis 2014, peut entraîner des troubles hormonaux, une fragilisation osseuse et des problèmes immunitaires. Par ailleurs, une étude canadienne de 2026 a révélé que les coureuses gèrent initialement la douleur de manière individuelle, mais finissent par s'entraider après quelques jours d'effort, illustrant une approche collective peu valorisée dans le sport traditionnel, centré sur la performance individuelle.
La participation des femmes varie fortement selon les pays. Par exemple, en 2021, elles représentaient 34 % des finishers au Canada, 31 % aux États-Unis, mais seulement 17 % en France, pourtant leader mondial du trail. Ces différences ne s'expliquent pas par des facteurs biologiques, mais par des conditions d'accès inégales. Les études de sociologues comme Catherine Louveau ou Holly Thorpe montrent que les obstacles incluent le manque de temps, le coût des équipements, et des normes sociales limitant la pratique sportive féminine. Les associations tentent de remédier à cette situation en promouvant des politiques plus inclusives.
Les performances féminines en ultra-trail ne sont pas nouvelles, mais elles sont souvent oubliées. Dès 1878, Ada Anderson, une marcheuse britannique, a enchaîné des quarts de mile toutes les 15 minutes pendant 28 jours. Plus récemment, Ann Trason a remporté 14 fois la course Western States 100 entre 1989 et 2003, tandis que Jasmin Paris a gagné la Spine Race en 2019 tout en allaitant son enfant. Ces exploits, souvent présentés comme des « premières », s'inscrivent en réalité dans une histoire continue. Pourtant, leur médiatisation reste insuffisante, ce qui perpétue l'idée fausse d'une exception plutôt que d'une tendance.
Plusieurs initiatives visent à améliorer la représentation des femmes dans l'ultra-trail. L'International Trail Running Association (ITRA) a lancé une Journée des Femmes en Trail, tandis que des associations comme Trail Sisters aux États-Unis ou SheRACES au Royaume-Uni poussent les organisateurs à adopter des standards plus équitables. En France, des médias comme Culotte & Trail ou Femme de trail donnent la parole aux coureuses. Ces efforts ont conduit à des avancées, comme la politique de report de grossesse à l'UTMB depuis 2023, inspirée par l'image de Sophie Power allaitant son bébé pendant la course en 2018.
Pour participer à l'UTMB, une des courses les plus prestigieuses, il faut obtenir des Running Stones, des points gagnés en terminant d'autres courses du circuit. En 2026, les participants sélectionnés possédaient en moyenne 11 Running Stones. Les femmes n'ont représenté que 18 % des candidatures pour l'UTMB 2026, et environ 17 % des participants au départ. Ces chiffres montrent que la sous-représentation féminine ne vient pas d'un manque d'intérêt, mais de barrières sociales et économiques qui empêchent les femmes d'accumuler suffisamment de points pour postuler. Sans données officielles détaillées, il est impossible de distinguer les causes de cette exclusion.
Une thèse en cours, supervisée par Mathilde Plard et ses collègues, explore les facteurs psychologiques qui permettent aux femmes de performer en ultra-trail. Ce concept, appelé flexibilité psychologique, désigne la capacité à accepter l'inconfort, à ajuster ses objectifs en cours de route et à surmonter les vagues de découragement. Contrairement à la croyance populaire, cette compétence pourrait être aussi importante que la VO2 max (consommation maximale d'oxygène) sur des épreuves de plus de 30 heures. Ces recherches pourraient aider à mieux comprendre les mécanismes de résilience chez les athlètes féminines.
La victoire de Rachel Entrekin en 2026 illustre le potentiel des femmes en ultra-trail, mais elle ne signifie pas que l'égalité est atteinte. Elle montre simplement ce que les femmes peuvent accomplir une fois qu'elles franchissent la ligne de départ. Le vrai défi réside dans l'accès à cette ligne, pour toutes celles qui en sont empêchées par des obstacles sociaux, économiques ou culturels. Pour progresser, il faudra des données transparentes, des audits et une reconnaissance de l'histoire des femmes dans ce sport, afin de sortir du récit de l'exception pour celui de la normalité.

