Au Mali, une campagne en faveur de l’excision au nom de la “protection des femmes”
À l’occasion du 22 août, Journée nationale de lutte contre l’excision au Mali, la presse ouest-africaine se fait l’écho d’une sinistre campagne, menée sur les réseaux sociaux, appelant à perpétuer cette mutilation génitale féminine..
Depuis la mi-août 2026, des comptes sur les réseaux sociaux, principalement au Mali et en Afrique de l'Ouest, diffusent une campagne en faveur de l'excision. Ces comptes, dont l'un est lié à un prêcheur résidant en Espagne nommé Koué Diakité, partagent des visuels identiques avec des slogans comme "Au Mali, oui à l’excision" ou "Nous voulons la protéger". Les images associent des photos d’hommes, parfois en costume religieux, à un dessin de lame de rasoir coché en vert. Cette campagne coïncide avec la Journée nationale de lutte contre l’excision au Mali, célébrée le 22 août. Elle vise à promouvoir une pratique interdite dans de nombreux pays, mais toujours présente dans certaines régions du monde.
L’excision, aussi appelée mutilation génitale féminine (MGF), désigne l’ablation partielle ou totale du clitoris et parfois des lèvres vaginales. Cette pratique, souvent réalisée dans des conditions non médicales, peut entraîner des complications graves comme des infections, des hémorragies, des douleurs chroniques ou des problèmes lors de l’accouchement. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plus de 200 millions de femmes et de filles dans le monde ont subi une excision. Au Mali, bien que la pratique soit officiellement condamnée par des campagnes de sensibilisation, aucune loi nationale n’a encore été adoptée pour l’interdire. Les défenseurs des droits des femmes dénoncent cette campagne comme une régression dangereuse pour la santé et les droits des femmes.
Le Mali est dirigé depuis 2021 par une junte militaire qui rejette toute influence occidentale, y compris les programmes de lutte contre l’excision soutenus par des organisations internationales. Cette position politique alimente un discours selon lequel la lutte contre l’excision serait une imposition étrangère. Certains acteurs locaux et religieux utilisent cet argument pour justifier la perpétuation de cette pratique, malgré les risques sanitaires et les condamnations internationales. La junte a également restreint les activités des associations de défense des droits humains, ce qui limite les possibilités de plaidoyer contre l’excision. Ce contexte politique complexe rend la lutte contre cette pratique encore plus difficile au Mali.
Des organisations de défense des droits des femmes et des acteurs de la société civile malienne ont vivement critiqué cette campagne pro-excision. Elles soulignent que cette pratique porte atteinte à l’intégrité physique et psychologique des filles et des femmes, et qu’elle est contraire aux droits humains fondamentaux. Aucune loi malienne n’a encore été adoptée pour interdire l’excision, malgré les engagements internationaux du pays. Les défenseurs des droits humains appellent à une mobilisation accrue pour protéger les femmes et les filles, et pour faire pression sur les autorités afin qu’elles adoptent une législation claire et contraignante. Cette campagne met en lumière les défis persistants dans la lutte contre les mutilations génitales féminines en Afrique.
L’un des arguments récurrents dans le débat sur l’excision est que la lutte contre cette pratique serait financée et imposée par l’Occident. Ce discours, qui trouve un écho important au Mali, est souvent utilisé pour discréditer les campagnes de sensibilisation locales et internationales. Cependant, de nombreuses organisations africaines et internationales, comme l’UNICEF ou l’OMS, travaillent en collaboration avec des acteurs locaux pour promouvoir l’abandon de l’excision. Ces initiatives visent à informer les populations sur les risques sanitaires et à encourager un changement des mentalités, sans imposer de solutions extérieures. La campagne actuelle au Mali illustre la persistance de cette rhétorique, qui complique les efforts de sensibilisation.

