Pourquoi la Jordanie est-elle une cible de choix pour l’Iran ?
Une série d’attaques iraniennes ont visé les forces militaires des États-Unis présentes en Jordanie, causant plusieurs morts du côté américain. Un allié relativement discret de Washington se retrouve ainsi pris dans le conflit..
Depuis le 17 juillet, la Jordanie subit des attaques répétées attribuées à l’Iran. Le 17 juillet, des missiles ont frappé la base aérienne Muwaffaq Salti près d’Azraq, tuant deux soldats américains et en blessant d’autres. Un troisième soldat américain a été porté disparu, puis une dépouille non identifiée a été retrouvée sur les lieux. Ces attaques s’inscrivent dans une série de quatre frappes en cinq jours contre des bases jordaniennes abritant des forces américaines. D’autres sites ont été touchés, comme la base aérienne Roi Fayçal et une troisième base dans l’est du pays, où des hélicoptères américains ont été endommagés. L’Iran revendique également des dégâts à l’aéroport d’Aqaba et affirme avoir visé 20 entrepôts utilisés par les États-Unis, évoquant une collaboration avec des acteurs locaux. Ces événements marquent une escalade dans le conflit entre l’Iran et les États-Unis, avec un bilan humain en hausse côté américain.
La Jordanie est devenue un point stratégique pour les États-Unis dans la région, notamment depuis que d’autres alliés de Washington comme Bahreïn, les Émirats arabes unis ou le Qatar ont restreint la présence ou le survol de leurs territoires par les troupes américaines. Le Pentagone a donc redéployé des soldats vers la Jordanie et Israël pour des raisons de sécurité. Ce pays, qui ne dispose pas de ressources pétrolières, bénéficie depuis longtemps d’une aide économique et militaire importante des États-Unis, ce qui renforce leur coopération en matière de défense. Cependant, cette alliance, autrefois discrète, est désormais trop visible pour être ignorée. La Jordanie, dont les capacités militaires sont limitées, ne peut pas menacer l’Iran de représailles comme le fait Israël, ce qui en fait une cible plus vulnérable aux attaques.
Face aux attaques iraniennes, la Jordanie a réagi fermement. Le ministère des Affaires étrangères jordanien a convoqué le chargé d’affaires iranien à Amman pour exprimer son indignation et condamner les frappes ainsi que les déclarations provocatrices de responsables iraniens. Cette réaction illustre la tension croissante entre les deux pays, alors que la Jordanie cherche à préserver sa stabilité et ses relations avec les États-Unis. Le pays se retrouve ainsi au cœur d’un conflit qui dépasse ses frontières, avec des implications régionales majeures.
Les attaques contre les bases jordaniennes ne visent pas seulement des installations militaires, mais s’inscrivent dans une stratégie plus large de l’Iran. Selon des experts comme David Deptula, ancien lieutenant général de l’US Air Force, ces frappes cherchent à imposer un coût politique aux pays abritant des forces américaines, dépassant les bénéfices en matière de sécurité. L’Iran semble vouloir étendre le conflit à de nouveaux territoires, comme le suggère le quotidien libanais Al-Akhbar, proche du Hezbollah, allié de Téhéran. Cette escalade indique que les frappes américaines récentes n’ont pas affaibli l’influence iranienne, mais ont au contraire incité l’Iran à intensifier ses actions et à élargir le champ de bataille.
La Jordanie, située en Asie occidentale, partage des frontières avec l’Arabie saoudite, l’Irak, la Syrie et Israël. Son rôle dans le conflit actuel s’explique par sa position géographique et ses alliances. Les États-Unis y maintiennent une présence militaire pour soutenir leurs intérêts stratégiques dans la région, notamment la lutte contre les groupes armés et la stabilisation des pays voisins. L’Iran, de son côté, cherche à étendre son influence en soutenant des milices locales et en ciblant les alliés de Washington. Cette dynamique place la Jordanie au cœur d’un jeu d’alliances et de tensions où les enjeux de sécurité et de pouvoir s’entremêlent.

