Stanislas Dehaene, tout sur le cerveau 1/5 : Des neurones et des rosaces
Entre un père pédiatre engagé contre l'alcoolisation fœtale et un maître qui lui révèle les maths, Stanislas Dehaene trace, de Roubaix à l'ENS, le chemin vers les neurosciences cognitives..
Stanislas Dehaene naît le 12 mai 1965 à Roubaix, dans une fratrie de quatre garçons issue d’une famille d’origine flamande. Son père, pédiatre, est connu pour son engagement contre l’alcoolisation fœtale, un phénomène où l’alcool consommé pendant la grossesse peut causer des troubles du développement chez l’enfant. La maison familiale allie rigueur scientifique, héritée du métier du père, et éducation catholique. Enfant précoce, Dehaene montre très tôt des aptitudes manuelles et une curiosité pour les sciences, nourrie par la lecture de revues scientifiques. Un élément marquant de son enfance est sa rencontre avec un maître d’école qui lui transmet très tôt sa passion pour les mathématiques, une discipline qui deviendra centrale dans son parcours.
À 15 ans, Stanislas Dehaene effectue un séjour à Seattle aux États-Unis, aux côtés de son père qui y mène des recherches. Cette expérience lui fait découvrir un environnement scientifique collégial et joyeux, où les laboratoires sont ouverts et les échanges stimulants. Il y rencontre notamment les travaux d’Andy Meltzoff, un chercheur spécialisé dans l’imitation chez les nourrissons, un processus fondamental pour le développement cognitif des bébés. Ce séjour marque un tournant dans sa vision de la science, loin des approches rigides qu’il avait connues en France. De retour en France, il intègre le lycée Sainte-Geneviève à Versailles, puis prépare le concours de l’ENS (École normale supérieure) en mathématiques.
Après son entrée à l’ENS en mathématiques, Stanislas Dehaene bifurque vers la biologie sous l’influence de Philippe Ascher, un neurobiologiste français. Cette transition est motivée par son intérêt croissant pour les mécanismes du cerveau. Il est ensuite marqué par deux figures majeures des sciences cognitives : Jean-Pierre Changeux, avec qui il publie un article sur les réseaux de neurones appliqués au chant des oiseaux, et Jacques Mehler, pionnier des sciences cognitives en France. Avec ce dernier, il entame une thèse en psychologie cognitive. À la fin des années 1980, il obtient une maîtrise en mathématiques et un doctorat en psychologie cognitive, se spécialisant dans l’étude des bases cérébrales du langage et du calcul, deux domaines centraux des neurosciences cognitives.
Stanislas Dehaene devient un acteur clé des neurosciences cognitives, une discipline qui étudie les mécanismes cérébraux sous-jacents aux fonctions cognitives comme le langage, le calcul ou la conscience. Ses travaux portent notamment sur la lecture, la conscience et l’apprentissage, avec des applications concrètes en éducation. Il publie plusieurs ouvrages influents, comme La bosse des maths (2010) ou Apprendre ! (2018), où il explore comment le cerveau assimile les connaissances. Il dirige également le Conseil scientifique de l’éducation nationale, contribuant à l’amélioration des méthodes pédagogiques en France. Ses recherches s’appuient sur des techniques d’imagerie cérébrale et des expériences en psychologie cognitive.
Stanislas Dehaene a publié de nombreux ouvrages accessibles au grand public, mêlant vulgarisation scientifique et réflexions sur l’éducation. Parmi ses livres les plus connus figurent *Le Code de la conscience* (2014), qui explore les mécanismes de la conscience, et *Face à face avec son cerveau* (2021), où il décrypte le fonctionnement du cerveau humain. Il a également coécrit *La plus belle histoire de l’intelligence* (2018) avec Yann Le Cun, un expert en intelligence artificielle. Ses travaux récents incluent *Une idée dans la tête* (2024) et *Le Rectangle de Lascaux* (2026), où il aborde l’invention de la géométrie par l’humanité. Ces publications reflètent son engagement à rendre les neurosciences compréhensibles pour tous.

