« L’efficacité a ses limites » : le chef du HCR alerte sur les coupes budgétaires
Les ressources s’épuisent alors que les besoins ne cessent de croître. L’agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) n’a reçu qu’un tiers des fonds nécessaires cette année pour venir en aide à 117 millions d’hommes, femmes et enfants déracinés.
Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a été créé en 1950, juste après la Seconde Guerre mondiale, pour protéger les personnes contraintes de fuir leur pays en raison de persécutions, de guerres ou de violences. Son rôle est de veiller à ce que ces réfugiés ne soient pas renvoyés dans des zones où leur vie ou leur liberté serait menacée, un principe appelé non-refoulement. Aujourd’hui, le HCR intervient dans plus de 130 pays pour fournir une assistance humanitaire, juridique et sociale à des millions de personnes. Cependant, depuis 2024, l’agence a dû réduire ses effectifs de 8 000 employés en raison de restrictions budgétaires, ce qui limite sa capacité à remplir sa mission.
En 2026, le HCR fait face à des coupes budgétaires majeures. Sur les 8,5 milliards de dollars nécessaires pour financer ses opérations cette année, seulement 3 milliards ont été collectés, soit moins de 35 %. Cette situation force l’agence à réduire drastiquement son aide, mettant en péril des programmes essentiels. Par exemple, au Soudan, plus de 50 000 survivants de violences sexuelles liées au conflit risquent de perdre l’accès aux soins médicaux, à l’assistance juridique et au soutien psychologique. Au Tchad, des milliers d’enfants non accompagnés ou séparés de leur famille pourraient se voir retirer des services de protection. En Éthiopie, l’enregistrement des réfugiés a été suspendu pour des dizaines de milliers de personnes arrivées du Soudan du Sud et d’Érythrée.
Les conflits actuels poussent les populations à fuir plus rapidement que les organisations humanitaires ne peuvent leur porter assistance. Depuis le début de l’année 2026, le HCR est intervenu dans 22 situations d’urgence réparties dans 18 pays, couvrant des régions comme le Yémen, la Corne de l’Afrique, le Soudan et le Sahel. Les pays qui accueillent des réfugiés depuis des décennies expriment une frustration croissante face au manque de solidarité internationale. Les conséquences sont dramatiques : les femmes et les filles sont plus exposées aux violences et à l’exploitation, les enfants perdent des années de scolarité, et les personnes handicapées rencontrent des obstacles accrus pour accéder à une protection. Le Haut-Commissaire, M. Salih, a souligné que ces réductions d’aide ne sont pas des abstractions, mais qu’elles se traduisent directement par des souffrances humaines.
Lors d’une intervention devant le Conseil de sécurité de l’ONU fin septembre 2026, M. Salih, ancien responsable politique kurde et ancien président de l’Irak, a qualifié la situation actuelle des réfugiés de « véritablement, profondément inhumaine ». Il a rappelé que près de 14,5 millions de réfugiés vivant dans des pays à revenu faible ou intermédiaire dépendent entièrement de l’aide humanitaire pour répondre à leurs besoins essentiels. Le HCR a lancé une initiative visant à réduire de moitié, d’ici 2035, le nombre de réfugiés vivant dans des situations de déplacement prolongé et dépendant de cette aide. Cependant, M. Salih a averti que la réussite ne se mesure pas à la réduction des coûts, mais à l’amélioration réelle des conditions de vie des personnes et à leur capacité à subvenir à leurs besoins.
M. Salih a appelé à un renforcement de la solidarité internationale et de l’empathie envers les demandeurs d’asile, dont les souffrances persistent sans solution durable dans de nombreuses régions du monde. Il a insisté sur l’importance de considérer cette question avec humilité, rappelant que personne n’est à l’abri de se retrouver un jour dans la situation d’un réfugié. Le Haut-Commissaire a également souligné que « l’efficacité a ses limites » : lorsque les financements deviennent insuffisants, les gains d’efficacité ne suffisent plus à compenser les réductions de ressources. Les conséquences se répercutent directement sur les personnes les plus vulnérables, dont la vie et la sécurité sont menacées.

