À Tunis, une guerre culturelle larvée autour du patrimoine architectural
La destruction programmée de l’hôtel du Lac, édifice emblématique de Tunis, illustre la volonté de l’État d’imposer un agenda populiste étriqué. Les architectes, qui souhaiteraient préserver ces bâtiments, n’osent s’élever contre ces décisions, raconte “New Lines Magazine”..
L’Hôtel du Lac de Tunis est un édifice architectural unique construit dans les années 1970. Son style, appelé brutalisme, se caractérise par des formes géométriques massives et des matériaux bruts comme le béton. Ce bâtiment se distingue par sa forme de pyramide inversée et ses escaliers en porte-à-faux, c’est-à-dire des marches qui semblent flotter sans support visible. Situé à Tunis, il incarne une période où l’architecture moderne cherchait à marquer la ville par des constructions audacieuses. Aujourd’hui, son avenir est menacé par des décisions politiques, illustrant un conflit autour de la préservation du patrimoine architectural tunisien. Les architectes, qui défendent sa valeur historique, hésitent à s’opposer publiquement à ces choix, par crainte de représailles.
Tunis présente une mosaïque de styles architecturaux reflétant son histoire complexe. Dans la médina, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, les maisons basses, les palais et les balcons à moucharabieh (grilles en bois sculpté typiques du monde arabe) dominent les ruelles pavées. En s’éloignant du centre historique, l’avenue Habib-Bourguiba, artère principale de la capitale, adopte un style plus européen avec des immeubles coloniaux aux balcons en fer forgé et des fenêtres à volets. La cathédrale Saint-Vincent-de-Paul, de style romano-byzantin (mélange d’influences romaines et byzantines), et le Théâtre municipal, orné de bas-reliefs Art nouveau (mouvement artistique de la fin du XIXe siècle), ajoutent à cette diversité. Ces contrastes soulignent la richesse culturelle de la ville, mais aussi les tensions autour de la préservation de son héritage.
La destruction programmée de l’Hôtel du Lac symbolise une guerre culturelle en Tunisie. Selon l’article du New Lines Magazine, l’État tunisien, dirigé par le président Kaïs Saïed, imposerait un agenda populiste (stratégie politique visant à séduire les masses) qui néglige la valeur historique des bâtiments modernes. Les architectes, bien que conscients de l’importance de ce patrimoine, évitent de critiquer ouvertement ces décisions par peur des conséquences. Ce silence reflète une pression politique croissante, où la préservation des traces du passé récent est sacrifiée au profit d’une vision plus étroite de l’identité nationale. Le débat dépasse le cadre architectural pour interroger la place de la mémoire dans la société tunisienne contemporaine.
L’article est une traduction d’un texte publié par *New Lines Magazine*, un média américain créé en 2020 par le *New Lines Institute for Strategy and Policy*, un *think tank* (organisme de réflexion indépendant) basé à Washington. Initialement axé sur le Moyen-Orient, ce magazine s’est élargi à d’autres régions du monde, comme l’Ukraine ou la Chine, en mettant en avant des journalistes locaux experts de leur sujet. Son rédacteur en chef, Hassan Hassan, est un spécialiste reconnu de l’État islamique et coauteur d’un ouvrage sur le sujet. Le magazine se présente comme un « magazine local sur l’actualité mondiale », privilégiant des récits de terrain et des analyses approfondies. Dans cet article, il aborde la question du patrimoine tunisien sous un angle critique, en soulignant les enjeux politiques derrière la destruction de l’Hôtel du Lac.

