L’escalade suivante au détroit d’Ormuz : la destruction des câbles Internet sous-marins par l’Iran ?
Mohsen Rezaei, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, a menacé de détruire les câbles sous-marins, les centres de données et les sites d'IA liés aux États-Unis dans le Golfe si la guerre reprend..
Mohsen Rezaei, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien et ancien commandant des Gardiens de la révolution, a menacé le 11 octobre 2025 de détruire les câbles Internet sous-marins, les centres de données et les sites d’intelligence artificielle liés aux États-Unis dans le golfe Persique si la guerre entre les deux pays reprend. Il a précisé que ces infrastructures, estimées à plus de 2 000 milliards de dollars et qualifiées de « pouls de l’économie américaine » dans la région, ne sont pas encore des cibles, mais pourraient le devenir. Les câbles visés transitent notamment dans le détroit d’Ormuz, un passage stratégique entre le golfe Persique et la mer d’Oman, et au large de Bab-el-Mandeb, entre le Yémen et Djibouti.
Cette menace survient alors que les négociations indirectes entre Washington et Téhéran pour la réouverture du détroit d’Ormuz, bloqué depuis des mois, piétinent. L’Iran a posé sept conditions à sa réouverture, dont une seule a été partiellement acceptée par les États-Unis selon Mohsen Rezaei, qui juge la réponse américaine « insuffisante ». Le détroit d’Ormuz est un point de tension majeur car il concentre près de 20 % du trafic pétrolier mondial et abrite une dizaine de câbles sous-marins en fibre optique reliant l’Asie à l’Europe, comme le câble AAE-1 qui dessert le Qatar, les Émirats arabes unis et arrive jusqu’à Marseille.
Les câbles sous-marins en fibre optique sont des infrastructures essentielles pour Internet, car ils transportent environ 99 % du trafic mondial de données entre continents. Dans le détroit d’Ormuz, une dizaine de ces câbles reposent sur des fonds marins revendiqués par l’Iran et Oman, ce qui en fait des cibles potentielles. Leur destruction ou leur endommagement aurait des conséquences mondiales, car ces câbles relient l’Asie à l’Europe en passant par le golfe Persique et l’Égypte. Par exemple, le câble AAE-1 permet des connexions rapides entre l’Asie et l’Europe en évitant des routes plus longues comme l’océan Atlantique.
La destruction de ces câbles entraînerait des ralentissements durables d’Internet à l’échelle mondiale, car les réparations sont longues et complexes, surtout en zone de conflit. Les opérateurs pourraient rediriger le trafic via d’autres câbles, mais si plusieurs sont endommagés simultanément, les alternatives deviennent limitées. Les réparations nécessitent des navires spécialisés et peuvent prendre plusieurs semaines, voire des mois en cas de blocage politique. Par exemple, le câble AAE-1 endommagé en mer Rouge en février 2024 n’a été réparé qu’en juillet 2024, après cinq mois d’interruption, en raison de l’absence d’autorisation du gouvernement yéménite.
La mer Rouge a déjà connu des coupures de câbles sous-marins, comme en février 2024 où trois câbles, dont AAE-1, ont été endommagés près du Yémen. Les Houthis, une milice soutenue par l’Iran, ont été suspectés sans preuve formelle, tandis que les États-Unis ont évoqué la possibilité d’un cargo abandonné, le Rubymar, dont l’ancre aurait raclé le fond marin en dérivant. En septembre 2025, d’autres coupures près de Djeddah en Arabie saoudite ont ralenti Internet en Inde, au Pakistan et aux Émirats, sans que la cause ne soit officiellement établie. Ces incidents illustrent la vulnérabilité de ces infrastructures critiques.
Les pays du Golfe, comme les Émirats arabes unis ou l’Arabie saoudite, misent de plus en plus sur les centres de données et l’intelligence artificielle pour diversifier leur économie et réduire leur dépendance au pétrole. Ces infrastructures, souvent situées près des câbles sous-marins, sont des cibles potentielles en cas d’escalade. Leur destruction priverait ces pays d’une partie de leur connectivité numérique, avec des répercussions sur leur compétitivité économique et leur capacité à attirer des investissements étrangers. Les sites d’atterrissage des câbles, situés au Koweït, à Bahreïn, au Qatar, à Oman et aux Émirats, pourraient également être touchés.

