Pêche, cultures : la sécurité alimentaire des petites îles menacée par le changement climatique
Par définition, les petites îles à travers le monde sont davantage isolées, avec des habitants plus difficiles à approvisionner et potentiellement, à soigner. Or, la hausse des températures aggrave fortement l'insécurité alimentaire de leur population, selon le rapport 2025 de la revue Lancet Countdown sur la santé et le changement climatique, publié le 16 juillet.
Les petites îles, souvent des territoires isolés et de faible superficie, sont particulièrement vulnérables aux effets du changement climatique. Leur sécurité alimentaire, c’est-à-dire leur capacité à produire ou à se procurer suffisamment de nourriture pour leur population, est menacée. Ces îles dépendent fortement de ressources locales comme la pêche et l’agriculture, mais aussi d’importations pour combler d’éventuels déficits. Leur isolement géographique les rend plus sensibles aux perturbations extérieures, comme l’élévation du niveau de la mer, l’acidification des océans ou les événements météorologiques extrêmes, qui dégradent leurs écosystèmes et leurs infrastructures. Par exemple, la montée des eaux peut inonder les terres arables et saliniser les sols, rendant les cultures impossibles. Ces territoires, souvent de petits États insulaires en développement (PEID), sont déjà confrontés à des défis économiques et logistiques pour importer des denrées alimentaires à des coûts élevés.
Le changement climatique perturbe les écosystèmes marins, essentiels pour la pêche, une activité vitale pour les petites îles. L’acidification des océans, causée par l’absorption de dioxyde de carbone (CO₂) par l’eau, affecte les organismes à coquille calcaire comme les coraux et les mollusques, réduisant les populations de poissons et de crustacés. Par ailleurs, le réchauffement des eaux modifie les courants marins et les zones de reproduction des espèces, forçant les poissons à migrer vers des eaux plus froides. Cela réduit les prises pour les pêcheurs locaux, qui voient leurs rendements diminuer. Par exemple, aux îles Salomon, la pêche représente jusqu’à 90 % des apports en protéines animales, mais les stocks de thon, une ressource majeure, pourraient baisser de 20 % d’ici 2050 selon certaines projections. Les communautés côtières, souvent dépendantes de cette activité, voient ainsi leur alimentation et leurs revenus menacés.
L’agriculture sur les petites îles est également affectée par le changement climatique, notamment à cause de la sécheresse, des cyclones et de la salinisation des sols. Les cultures traditionnelles, comme le taro ou le manioc, sont sensibles à ces perturbations, ce qui menace la sécurité alimentaire des populations locales. Par exemple, aux îles Fidji, les cyclones ont détruit jusqu’à 80 % des récoltes de taro en 2016, une culture de base pour de nombreuses familles. De plus, la montée du niveau de la mer entraîne une intrusion d’eau salée dans les nappes phréatiques, rendant les terres agricoles stériles. Les petits agriculteurs, qui représentent souvent une part importante de la population active, peinent à s’adapter en raison de ressources limitées. Les gouvernements de ces îles tentent de promouvoir des variétés résistantes ou des techniques agricoles adaptées, mais les défis restent immenses.
Les petites îles, en raison de leur taille réduite et de leurs ressources limitées, dépendent fortement des importations pour leur approvisionnement alimentaire. Cette dépendance est coûteuse et fragile, car elle expose les populations à la volatilité des prix sur les marchés internationaux et aux ruptures d’approvisionnement en cas de crise. Par exemple, aux îles Tuvalu, plus de 60 % des denrées alimentaires sont importées, ce qui rend le pays vulnérable aux chocs économiques ou logistiques. Le changement climatique aggrave cette situation en perturbant les chaînes d’approvisionnement, notamment lorsque les ports ou les aéroports sont endommagés par des événements extrêmes. Les gouvernements de ces îles cherchent à renforcer leur autonomie alimentaire, mais les solutions comme la diversification des cultures ou le développement de la pêche durable prennent du temps à porter leurs fruits.
Face à ces défis, les petites îles mettent en place des stratégies pour renforcer leur résilience alimentaire. Certaines misent sur la **pêche durable**, en limitant les quotas de pêche ou en protégeant les zones marines sensibles pour préserver les stocks de poissons. D’autres développent des **cultures résistantes**, comme des variétés de patate douce tolérantes à la sécheresse, ou des techniques agricoles innovantes, comme l’agroforesterie, qui combine arbres et cultures pour protéger les sols. Les gouvernements et les organisations internationales, comme l’**Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)**, apportent un soutien technique et financier pour aider ces îles à s’adapter. Par exemple, la **Communauté du Pacifique (CPS)** a lancé des programmes pour former les pêcheurs et les agriculteurs aux méthodes durables. Cependant, ces initiatives restent limitées par des contraintes budgétaires et un manque de ressources humaines qualifiées.

