Pendant l'Antiquité, Grecs et Romains avaient un régime différent de ce qu'on pensait : ce que l’on sait du véritable régime méditerranéen
Riche en huile d’olive, en légumes et en poisson, l’alimentation santé la plus célèbre du monde passe pour un héritage direct de l’Antiquité. Pourtant, le régime méditerranéen antique reposait surtout sur d’immenses quantités de pain..
Les Grecs et les Romains de l'Antiquité avaient un régime alimentaire bien différent de l'image moderne du régime méditerranéen, souvent associé à l'huile d'olive, aux légumes et au poisson. Selon les dernières recherches archéologiques et historiques, leur alimentation était en réalité plus variée et moins végétarienne qu'on ne le pense habituellement. Les analyses de restes alimentaires, de textes anciens et d'outils de cuisine révèlent que les céréales, comme le blé et l'orge, constituaient la base de leur alimentation, représentant jusqu'à 70 % de leur apport calorique quotidien. Les légumineuses, les fruits secs et les produits laitiers, notamment le fromage, y jouaient également un rôle important. Ce régime, bien que riche en végétaux, incluait aussi des viandes, notamment de porc, de volaille et de gibier, ainsi que du poisson, surtout dans les régions côtières. Contrairement aux idées reçues, la viande n'était pas réservée aux élites, mais était consommée régulièrement par une grande partie de la population, même si sa fréquence variait selon les classes sociales.
Les céréales, et en particulier le blé, occupaient une place centrale dans l'alimentation des Grecs et des Romains. Elles étaient consommées sous forme de pain, de bouillie ou de galettes, souvent accompagnées de légumineuses comme les lentilles ou les fèves. Le pain, élément de base, était fabriqué à partir de farine de blé ou d'orge, et sa qualité variait selon le statut social : le pain blanc, plus raffiné, était réservé aux plus aisés, tandis que le pain noir, fait de farine moins pure, était consommé par les classes populaires. Les Romains, par exemple, distribuaient gratuitement du blé à la population pour éviter les émeutes, un système appelé annone. Les fouilles archéologiques ont révélé que les stocks de céréales étaient souvent conservés dans des silos ou des amphores, et que leur consommation était complétée par des légumes comme les choux, les pois ou les oignons, ainsi que par des fruits de saison comme les figues ou les raisins. Ce régime à base de céréales était complété par des produits laitiers, notamment le fromage de chèvre ou de brebis, très répandu dans le monde antique.
La consommation de viande et de poisson dans l'Antiquité était fortement influencée par les inégalités sociales. Les élites, comme les sénateurs romains ou les aristocrates grecs, avaient accès à une grande variété de viandes, notamment du bœuf, du porc et de la volaille, ainsi qu'à des plats plus élaborés comme les saucisses ou les abats. En revanche, la majorité de la population, composée de paysans et d'artisans, se nourrissait principalement de porc, moins cher et plus facile à élever, ainsi que de gibier ou de volaille d'élevage. Le poisson, surtout dans les régions côtières, était une source importante de protéines, mais sa consommation était limitée par les techniques de conservation disponibles à l'époque, comme le salage ou le séchage. Les Romains, par exemple, consommaient des sardines ou des anchois salés, tandis que les Grecs privilégiaient le thon ou les coquillages. Les analyses de déchets alimentaires montrent que les poissons gras, comme le thon ou le maquereau, étaient plus fréquents que les poissons maigres, suggérant une préférence pour les saveurs riches en graisses.
Les boissons et les produits laitiers occupaient une place importante dans le régime alimentaire antique. Le vin, souvent coupé d'eau pour le rendre moins fort, était la boisson la plus consommée, tant par les Grecs que par les Romains. Il était produit localement et variait en qualité selon les régions et les méthodes de fabrication. Le vin était aussi utilisé comme monnaie d'échange et comme offrande aux dieux. L'eau, bien que disponible, était souvent contaminée et donc peu consommée pure, sauf dans les régions montagneuses. Les produits laitiers, comme le fromage ou le yaourt, étaient fabriqués à partir de lait de chèvre, de brebis ou de vache, et étaient une source importante de protéines et de graisses. Le fromage était souvent salé et conservé dans des amphores ou des outres en peau, ce qui permettait de le stocker longtemps. Les Grecs et les Romains utilisaient aussi le lait fermenté, une boisson proche du yaourt moderne, qui était appréciée pour ses propriétés digestives et son goût acidulé.
Les techniques de conservation des aliments jouaient un rôle crucial dans l'alimentation antique, car elles permettaient de stocker les denrées sur de longues périodes et de les transporter sur de grandes distances. Le salage était l'une des méthodes les plus courantes, utilisée pour conserver la viande, le poisson, les olives et même certains fromages. Les Romains, par exemple, salaient le poisson pour fabriquer des sauces comme le garum, un condiment très prisé à l'époque. Le séchage, notamment pour les légumes, les fruits ou les viandes, était une autre technique répandue, tandis que la fermentation était utilisée pour les produits laitiers et les boissons comme le vin ou la bière. Ces méthodes permettaient de pallier les variations saisonnières de l'approvisionnement en nourriture et de réduire le gaspillage. Cependant, elles modifiaient aussi le goût des aliments et pouvaient parfois les rendre moins nutritifs, en raison de la perte de vitamines ou de minéraux lors du processus de conservation.
Le régime alimentaire des Grecs et des Romains variait considérablement selon les régions, en fonction des ressources locales, des climats et des échanges commerciaux. Dans les zones côtières, le poisson et les fruits de mer étaient plus abondants, tandis que dans les régions intérieures, les céréales et les légumineuses dominaient. Les Romains, par exemple, importaient des épices, des sauces et des produits exotiques comme le poivre ou le garum depuis des régions lointaines, comme l'Égypte ou l'Asie Mineure. Ces échanges commerciaux permettaient d'enrichir l'alimentation locale et de diversifier les saveurs. Les Grecs, quant à eux, cultivaient des oliviers et des vignes dans des régions comme l'Attique ou la Sicile, ce qui leur permettait de produire de l'huile d'olive et du vin en grande quantité. Les fouilles archéologiques ont révélé que les amphores, utilisées pour transporter le vin, l'huile ou le garum, étaient un élément clé de ces réseaux d'échange, et que leur forme et leur taille variaient selon le produit transporté.

