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En larguant 200 000 barils de déchets radioactifs dans l'Atlantique, les Américains et Français ont sûrement bouleversé les écosystèmes marins

Science & Vie · mis à jour 20 sept.

Plus de 200 000 fûts de déchets radioactifs gisent dans les abysses de l'Atlantique Nord-Est. La mission NODSSUM du CNRS a plongé à leur contact et découvert des conteneurs éventrés.

Déchets radioactifs en mer

Entre les années 1940 et 1980, les États-Unis et la France ont immergé environ 200 000 barils de déchets radioactifs dans l’océan Atlantique. Ces barils contenaient des matériaux contaminés par des substances radioactives, comme le césium 137 ou le strontium 90, issues de l’industrie nucléaire civile et militaire. La radioactivité désigne l’émission de particules ou de rayonnements par certains atomes instables, capables de pénétrer la matière et de causer des dommages aux cellules vivantes. Les déchets étaient souvent jetés à des profondeurs comprises entre 1 000 et 4 000 mètres, parfois après avoir été coulés volontairement ou perdus lors de transports maritimes. Cette pratique, aujourd’hui interdite par des conventions internationales comme la Convention de Londres (1972), visait à se débarrasser de matériaux trop dangereux pour être stockés à terre, sans évaluer pleinement les risques écologiques à long terme.

Zones de dépôt connues

Les principaux sites d’immersion se situent dans le nord-est de l’Atlantique, notamment au large des côtes françaises (comme dans le golfe de Gascogne) et américaines (près des Bermudes ou de la Caroline du Sud). Ces zones ont été choisies pour leur éloignement des côtes et leur profondeur, afin de limiter les risques immédiats pour les populations. Cependant, les courants marins et les mouvements des fonds océaniques peuvent disperser les contaminants sur de vastes étendues. Par exemple, des études ont montré que des particules radioactives issues de ces dépôts ont été retrouvées à des centaines de kilomètres de leur point de rejet initial. Les scientifiques estiment que les barils, souvent en acier, pourraient se corroder avec le temps, libérant leur contenu dans l’eau et les sédiments.

Risques pour les écosystèmes

Les déchets radioactifs représentent une menace pour les écosystèmes marins en raison de leur capacité à contaminer la chaîne alimentaire. Les organismes vivants, des microalgues aux grands prédateurs comme les thons ou les requins, peuvent absorber des radionucléides, qui s’accumulent ensuite dans leurs tissus. Par exemple, le césium 137 a une demi-vie de 30 ans, ce qui signifie qu’il mettra des décennies à se désintégrer naturellement. Une fois ingérés par des espèces comestibles, ces éléments peuvent atteindre les humains via la consommation de produits de la mer. Les scientifiques craignent des effets à long terme sur la biodiversité, comme des mutations génétiques ou une réduction des populations d’espèces clés. Les zones touchées pourraient devenir inhabitables pour certaines formes de vie, perturbant l’équilibre des écosystèmes.

Silence des autorités

Pendant des décennies, les gouvernements américain et français ont peu communiqué sur ces immersions, malgré les alertes de scientifiques et d’organisations environnementales comme Greenpeace. Ce n’est qu’à partir des années 1980, avec la prise de conscience des risques écologiques et l’adoption de traités internationaux, que ces pratiques ont été progressivement interdites. Aujourd’hui, les autorités reconnaissent l’existence de ces dépôts, mais aucune étude exhaustive n’a été menée pour évaluer leur impact actuel. Les données disponibles proviennent principalement de recherches indépendantes ou de rapports anciens, comme ceux de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Les gouvernements invoquent souvent le manque de moyens ou la complexité des écosystèmes marins pour justifier ce manque de transparence.

Conséquences sanitaires incertaines

L’impact sur la santé humaine reste difficile à quantifier en raison de la dispersion des contaminants et de la multiplicité des sources de pollution marine. Cependant, des études ont montré que les populations vivant près des zones de rejet, comme les pêcheurs bretons ou basques, pourraient être exposées à des niveaux accrus de radioactivité via la consommation de poissons ou de coquillages. Les normes sanitaires actuelles, comme celles de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), fixent des limites maximales pour certains radionucléides dans les aliments. Par exemple, la limite pour le césium 137 dans les produits de la mer est de 1 000 becquerels par kilogramme. Pourtant, ces seuils ne tiennent pas compte des effets cumulatifs d’une exposition prolongée à de faibles doses, un phénomène encore mal compris par la science.

Ce que ça pourrait changer

Face à ce problème, les solutions envisagées sont limitées. Une option serait de cartographier précisément les sites de dépôt et de surveiller leur état, mais cela nécessiterait des moyens techniques et financiers considérables. Une autre piste serait de développer des technologies pour extraire les déchets, mais cette opération serait extrêmement complexe et coûteuse en raison des profondeurs et des conditions extrêmes des fonds marins. Pour l’instant, les experts s’accordent sur la nécessité d’une meilleure transparence et d’une coopération internationale renforcée, notamment via des programmes comme le *Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE)*. Cependant, le coût et la technicité de ces mesures rendent leur mise en œuvre peu probable à court terme.

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