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Philippe Sands, l’avocat conteur d’histoires 3/5 : L'avocat et les puissants

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 10 h

L'arrestation de Pinochet en 1998 et l'entrée en guerre en Irak en 2003 : deux affaires qui ont fait de Philippe Sands un avocat engagé contre l'impunité des dirigeants..

Pinochet arrêté à Londres

En 1998, l'arrestation de l'ancien dictateur chilien Augusto Pinochet à Londres marque un tournant dans la lutte contre l'impunité des dirigeants. Philippe Sands, avocat franco-britannique et professeur de droit, est initialement sollicité pour rejoindre l'équipe de défense de Pinochet, mais il finit par représenter l'organisation Human Rights Watch devant la Chambre des Lords. Cette affaire repose sur le principe de compétence universelle, qui permet à un État de juger des crimes graves (comme la torture ou les crimes contre l'humanité) commis ailleurs dans le monde, indépendamment de la nationalité de l'accusé ou du lieu des faits. L'arrestation de Pinochet, bien que symbolique, ouvre une brèche juridique majeure en remettant en cause l'immunité des anciens chefs d'État. Cependant, Pinochet ne sera pas extradé vers l'Espagne pour y être jugé et mourra au Chili en 2006 sans avoir été condamné. Sands raconte cette affaire dans son livre 38, rue de Londres, où il croise le destin de Pinochet avec celui de Walther Rauff, un nazi ayant fui en Amérique du Sud.

Guerre en Irak 2003

L'année 2003 marque un autre tournant dans l'engagement de Philippe Sands en faveur du droit international. Après l'entrée en guerre des États-Unis contre l'Irak, Sands devient militant pour la défense des règles juridiques internationales. Il publie Lawless World, un livre qui révèle que le Premier ministre britannique Tony Blair avait promis son soutien à George W. Bush, président des États-Unis, avant même d'avoir reçu un avis juridique sur la légalité de l'invasion de l'Irak. Cette révélation met en lumière les tensions entre politique et droit international, et souligne l'importance de la transparence dans les décisions engageant des États souverains. Sands dénonce ainsi une violation potentielle du droit international par des dirigeants puissants, renforçant son rôle d'avocat engagé contre l'arbitraire des puissants.

Affaire des îles Chagos

En 2019, Philippe Sands plaide devant la Cour internationale de justice (CIJ) pour les îles Chagos, un archipel de l'océan Indien dont la population, les Chagossiens, a été déportée de force entre 1967 et 1973 pour permettre la construction d'une base militaire américaine sur l'île de Diego Garcia. Sands y présente pour la première fois un témoignage filmé d'une Chagossienne déportée, ce qui ajoute une dimension humaine et émotionnelle à l'argumentaire juridique. Bien que la CIJ rende un avis consultatif en 2019 déclarant l'occupation des Chagos illégale et exigeant le retour des Chagossiens, cet avis n'est pas contraignant, ce qui limite son impact immédiat. Sands raconte cette affaire dans son livre La dernière colonie, soulignant les limites du droit international face aux rapports de force géopolitiques.

Deux victoires symboliques

Pour Philippe Sands, les affaires Pinochet et des îles Chagos représentent les deux plus marquantes de sa carrière, malgré des résultats partiels ou symboliques. Dans le cas de Pinochet, l'arrestation de 1998 a ouvert une brèche juridique contre l'impunité, mais le dictateur chilien n'a pas été jugé et est mort sans être condamné. Pour les Chagos, la CIJ a reconnu l'illégalité de l'occupation en 2019, mais son avis reste non contraignant, ce qui signifie qu'il n'oblige pas les États concernés (notamment le Royaume-Uni et les États-Unis) à agir. Sands considère néanmoins ces affaires comme des victoires symboliques, car elles ont permis de faire avancer le débat sur la justice internationale et ont donné une voix aux victimes de violations des droits humains. Ces deux cas illustrent à la fois le potentiel et les limites du droit international face aux puissants.

Ce que ça pourrait changer

Les engagements de Philippe Sands se reflètent dans ses ouvrages, traduits en français et publiés aux éditions Albin Michel. *38, rue de Londres* (2025) explore l'affaire Pinochet et le destin du nazi Walther Rauff, tandis que *La dernière colonie* (2022) raconte l'histoire des Chagossiens. *La Filière* (2020) et *Retour à Lemberg* (2017) complètent son travail, mêlant récits historiques, enquêtes juridiques et témoignages. Ces livres visent à rendre accessibles des enjeux complexes du droit international et des droits humains, en s'appuyant sur des histoires individuelles pour illustrer des questions systémiques. Sands utilise ainsi la narration comme outil de vulgarisation, tout en militant pour une justice internationale plus forte et plus transparente.

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