L'Instant poésie de François Jullien : "Femmes damnées" de Charles Baudelaire, poème du scandale
Jugé "obscène et immoral" lors d'un procès devenu célèbre en 1857, "Femmes damnés" de Charles Baudelaire évoque la passion amoureuse entre deux femmes. Pour François Jullien, "Les Fleurs du mal" sont traversées par l’indépassable poétique dont ce poème en est l’expression la plus osée..
En 1857, le poème Femmes damnées de Charles Baudelaire, extrait du recueil Les Fleurs du Mal, est jugé « obscène et immoral » lors d’un procès célèbre. Ce poème, qui décrit une relation amoureuse entre deux femmes, Delphine et Hippolyte, choque la société du Second Empire en abordant un sujet alors tabou dans la poésie romantique française. Baudelaire est poursuivi pour « outrage à la morale publique » et condamné après deux procès. Six poèmes du recueil, dont Femmes damnées, sont censurés et retirés. Le poème ne sera réhabilité qu’en 1949, près d’un siècle plus tard. Ce scandale illustre la tension entre l’art et les normes morales de l’époque.
Dans Femmes damnées, Baudelaire explore les thèmes de la passion amoureuse, du désir, de la beauté et de la culpabilité. Le poème met en scène une relation entre deux femmes, Delphine et Hippolyte, où l’une domine l’autre avec une force presque animale. Baudelaire interroge la quête d’absolu à travers cette relation, tout en soulignant la tension entre l’aspiration à l’idéal et la conscience de la faute. Le texte mêle sensualité et mélancolie, avec des images comme « le vin de son triomphe » ou « le cantique muet que chante le plaisir ». François Jullien, philosophe et sinologue, considère ce poème comme l’expression la plus osée de l’indépassable poétique qui traverse Les Fleurs du Mal.
Le poème Femmes damnées est publié en 1857, sous le Second Empire, une période marquée par des valeurs conservatrices et une morale rigide. La société française de l’époque considère l’homosexualité comme un sujet immoral et indigne de la littérature. Baudelaire, en abordant cette relation, défie les conventions sociales et artistiques. Le procès qui suit la publication de Les Fleurs du Mal reflète cette opposition entre l’avant-garde littéraire et les institutions conservatrices. La censure des poèmes, dont Femmes damnées, montre la puissance des normes morales sur la création artistique à cette époque.
François Jullien, philosophe, helléniste et sinologue français, voit dans Les Fleurs du Mal une œuvre traversée par l’indépassable poétique, c’est-à-dire une quête artistique qui dépasse les limites conventionnelles. Pour lui, Femmes damnées incarne cette audace avec une intensité particulière. Jullien souligne que Baudelaire y explore les passions amoureuses sans tabou, en mêlant beauté et transgression. Le poème devient ainsi un symbole de la liberté créatrice, même si cette liberté a un prix, comme en témoigne le procès de 1857. Jullien met en lumière la dimension subversive de l’œuvre, qui interroge les frontières entre morale et art.
Après sa censure en 1857, Femmes damnées est réhabilité en 1949, soit 92 ans après sa publication. Cette réhabilitation marque un tournant dans la perception de l’œuvre de Baudelaire, reconnue désormais pour sa valeur littéraire et sa modernité. Le poème, longtemps associé à un scandale, est désormais étudié pour sa profondeur et son audace. Cette reconnaissance tardive illustre l’évolution des normes sociales et artistiques au fil du XXe siècle. Aujourd’hui, Femmes damnées est considéré comme un chef-d’œuvre de la poésie française, symbole de la liberté d’expression.
Depuis septembre 2025, la collection de podcasts *L’Instant poésie* est adaptée en un livre de 300 pages publié aux Éditions Seghers. Ce livre reprend les commentaires des passeurs, comme François Jullien, ainsi que les poèmes sélectionnés, dont *Femmes damnées*. Il inclut également les illustrations créées par l’illustratrice Philomène Fontaine pour accompagner les poèmes. Cette adaptation permet de rendre accessible au public une sélection de poèmes commentés, tout en offrant une expérience visuelle. Le livre s’inscrit dans une volonté de démocratiser la poésie et de la rendre plus accessible à un large public.

