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Géopolitique

Alors que la Pologne “vit une vague de violence”, le président veut faciliter le port d’armes

Courrier International · mis à jour il y a 2 h

L’hebdomadaire progressiste polonais “Polityka” consacre la une de son numéro du 14 octobre à la question du port d’armes, que le président nationaliste, Karol Nawrocki, souhaiterait faciliter. De quoi susciter des interrogations, estime le journal, alors que la Pologne vient de connaître une violente série d’attaques au couteau en milieu scolaire..

Proposition controversée

Le président polonais Karol Nawrocki, connu pour ses positions nationalistes et son image de « dur à cuire », a relancé un débat sensible en proposant d’élargir l’accès aux armes à feu en Pologne. Lors d’un discours fin septembre 2024, il a évoqué la nécessité d’une « discussion sérieuse et responsable » sur ce sujet, suggérant que la Pologne serait le dernier pays d’Europe en matière de possession d’armes. Selon lui, seulement 1 % des Polonais en détiendraient, un chiffre contesté par les médias locaux. Cette proposition intervient dans un contexte marqué par une hausse de la violence dans le pays, notamment après une série d’attaques au couteau dans des écoles. Le président, lui-même passionné de tir, a justifié sa position en soulignant que la Pologne comptait seulement 2,5 armes à feu pour 100 habitants en 2017, un chiffre bien inférieur à celui d’autres pays européens comme la Finlande (32 armes pour 100 habitants) ou la République tchèque (12,5 armes pour 100 habitants).

Contexte actuel

Depuis 2022 et le début de l’invasion russe en Ukraine, la Pologne a vu son nombre d’armes en circulation augmenter de manière significative. Selon l’hebdomadaire Polityka, 380 000 armes supplémentaires ont été enregistrées, portant le total à un million d’armes pour 37 millions d’habitants. Cette hausse s’explique notamment par la crainte d’une extension du conflit en Europe et par l’afflux d’armes en provenance d’Ukraine. Pourtant, malgré cette augmentation, la Pologne reste l’un des pays européens où la détention d’armes est la moins répandue. Le président Nawrocki utilise cette situation pour défendre son projet, mais les statistiques officielles manquent de précision, notamment sur le nombre exact de Polonais capables de manier une arme. Le Small Arms Survey, une organisation internationale spécialisée dans l’étude des armes légères, fournit des données comparatives, mais celles-ci datent de 2017 et ne reflètent pas nécessairement la situation actuelle.

Procédure d’obtention

En Pologne, obtenir une arme à feu pour des activités comme le tir sportif ou la chasse est une démarche relativement simple. Il suffit de remplir trois conditions principales : ne pas avoir de casier judiciaire, ne pas souffrir de troubles mentaux ou de contre-indications médicales, et prouver sa capacité à utiliser une arme. Cette dernière condition est vérifiée lors d’un examen, décrit par Polityka comme peu exigeant. Cependant, une enquête menée par la Cour des comptes polonaise (NIK) a révélé des failles dans le système. Certains examens de tir n’auraient pas été correctement vérifiés par la police, mettant en lumière des lacunes dans le contrôle des candidats. Malgré ces irrégularités, le processus reste accessible, ce qui contraste avec les discours sur la sécurité et la prévention des violences.

Débat après les attaques

La proposition du président Nawrocki a pris une nouvelle dimension après une série d’attaques au couteau dans des écoles polonaises, survenues la semaine précédant la publication de l’article. Ces événements tragiques ont relancé le débat sur la sécurité dans les établissements scolaires et sur les moyens de prévenir de futures violences. Le rédacteur en chef de Polityka, Jerzy Baczynski, s’est interrogé sur le nombre de victimes potentielles si les auteurs de ces attaques avaient eu accès à des armes à feu. Cette question soulève des craintes quant à une possible escalade de la violence en cas d’assouplissement des règles sur les armes. Pour ses détracteurs, la proposition du président s’inscrirait dans une stratégie politique visant à renforcer son image de leader intransigeant, proche de l’extrême droite libertarienne.

Ce que ça pourrait changer

Le débat sur la détention d’armes en Pologne s’inscrit dans un contexte plus large de tensions entre sécurité et libertés individuelles. D’un côté, les partisans d’un accès facilité aux armes mettent en avant le droit à l’autodéfense et la préparation à d’éventuels conflits. De l’autre, les opposants craignent une augmentation des violences et des accidents, notamment dans un pays où les règles actuelles sont déjà jugées trop laxistes par certains. La Pologne, membre de l’Union européenne, doit concilier ces enjeux avec les normes démocratiques et les engagements internationaux en matière de droits humains. Le président Nawrocki, dont la carrière politique est marquée par des positions radicales, utilise ce sujet pour mobiliser son électorat, tout en suscitant des interrogations sur les motivations réelles de sa proposition.

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