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Juliette Pierre, une chercheuse à l’écoute des bulles

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 10 j

La physicienne Juliette Pierre, chercheuse au CNRS, se passionne pour le son des bulles, du bain moussant aux bulles de champagne. Elle a récemment contribué à démontrer qu’une bulle qui se détache émet un son plus ou moins fort selon sa taille et sa vitesse..

Qui est Juliette Pierre

Juliette Pierre est une physicienne française, chercheuse au CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique) et spécialiste de la mécanique des fluides et de l’acoustique physique. Elle travaille à l’Institut Jean Le Rond D’Alembert, situé sur le campus de Jussieu à Paris, un laboratoire affilié au CNRS et à la Sorbonne Université. Ses recherches portent notamment sur l’étude des bulles et des mousses, des phénomènes du quotidien souvent sous-estimés. Bien que ses travaux puissent sembler peu captivants lors de conversations sociales, ils suscitent un vif intérêt auprès des lycéens, pour qui elle organise des présentations concrètes. Juliette Pierre incarne ainsi une approche de la science accessible et ancrée dans le réel, qu’elle qualifie elle-même de « physique du quotidien ».

L’étude des bulles sonores

Juliette Pierre s’intéresse particulièrement au son produit par les bulles, qu’elles soient issues d’un bain moussant, d’une coupe de champagne ou d’une goutte d’eau tombant dans un récipient. Ses expériences visent à comprendre les mécanismes physiques à l’origine de ces sons. Par exemple, en utilisant un bocal d’eau éclairé par une lampe, une aiguille placée au-dessus de la surface et une caméra rapide capable de filmer à 10 000 images par seconde, elle observe la formation de bulles lorsque une goutte tombe dans l’eau. Ces bulles, en se détachant, émettent un son dont l’intensité et la fréquence dépendent de leur taille et de leur vitesse. En enregistrant simultanément l’image et le son, elle peut corréler le bruit produit avec le mouvement des bulles, révélant ainsi des liens entre physique et acoustique.

Une découverte historique

Les travaux de Juliette Pierre et de son équipe ont permis de confirmer une hypothèse scientifique formulée dans les années 1950, mais jamais démontrée jusqu’alors. Leur étude, publiée en 2026 dans la revue Physical Review Fluids, a montré que le son émis par une bulle en détachement est directement lié à sa taille et à la vitesse de ses parois. Cette découverte, bien que fondamentale, trouve ses origines dans des enjeux pratiques remontant à la Guerre froide, où les scientifiques s’intéressaient déjà aux phénomènes de détachement de bulles, notamment pour des applications industrielles ou militaires. Aujourd’hui, ces recherches pourraient avoir des répercussions dans des domaines variés, de la médecine à l’industrie.

Méthodes et outils

Pour mener ses recherches, Juliette Pierre utilise une combinaison d’outils expérimentaux et analytiques. Outre la caméra rapide, elle emploie des micros et des hydrophones (microphones adaptés pour capter les sons sous l’eau) afin d’enregistrer les sons produits par les bulles. Ces données sont ensuite analysées et modélisées pour établir des corrélations entre les caractéristiques physiques des bulles et les sons qu’elles émettent. Cette approche, à la fois artisanale et technologique, illustre le côté « bricolage » de la science expérimentale, où chaque détail compte. Juliette Pierre souligne d’ailleurs que cette méthode permet de « bricoler tous les jours », reflétant une démarche à la fois rigoureuse et créative.

Ce que ça pourrait changer

Bien que les recherches de Juliette Pierre soient avant tout fondamentales, elles pourraient avoir des applications pratiques dans plusieurs domaines. Par exemple, comprendre le son des bulles pourrait améliorer les techniques d’imagerie médicale, où les ultrasons sont utilisés pour visualiser l’intérieur du corps humain. De même, ces travaux pourraient optimiser des procédés industriels impliquant des fluides, comme la fabrication de mousses ou de matériaux poreux. Juliette Pierre insiste sur l’importance de *« comprendre finement le monde qui nous entoure »*, soulignant que ces avancées, même indirectes, contribuent à des innovations futures. Son travail rappelle que la science, même lorsqu’elle semble éloignée des préoccupations quotidiennes, peut avoir un impact concret et durable.

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