Réchauffement climatique : cette étude démontre que les zones géographiques les plus menacées sont aussi les moins étudiées
Toutes les zones du globe ne présentent pas la même résilience face au dérèglement climatique, une fracture connue depuis les débuts de la climatologie aux XIXe et XXe siècles. Il est toutefois très complexe de juguler cette menace, si le corpus de données les concernant, est, lui aussi, trop hétérogène et déficitaire : un cercle vicieux mis en exergue par une vaste étude internationale..
Cinq régions du monde partagent un climat méditerranéen, marqué par des étés chauds et secs ainsi que des hivers doux et humides. Il s'agit du bassin méditerranéen, de la Californie, du Chili central, du sud-ouest de l'Australie et de la région floristique du Cap en Afrique du Sud. Ces zones, situées entre les 30e et 40e parallèles nord et sud, abritent une biodiversité exceptionnelle : environ 20 % des espèces végétales connues dans le monde y vivent, ainsi qu'un nombre important d'espèces d'amphibiens, de reptiles et de mammifères endémiques. Pourtant, elles ne couvrent que moins de 5 % des terres émergées de la planète. Selon le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), ces écosystèmes sont parmi les plus vulnérables au réchauffement climatique, mais les données disponibles pour les étudier restent insuffisantes.
Une étude publiée en août 2026 par des chercheurs de l'Université du Cap et du South African Environmental Observation Network révèle un déséquilibre majeur dans la recherche climatique. Sur les milliers d'études disponibles, seules 128 reposent sur des observations directes de terrain, indispensables pour évaluer l'impact réel du dérèglement climatique. Parmi elles, 88 concernent le bassin méditerranéen européen, 18 la Californie, 10 l'Australie, 8 le Chili et seulement 4 la région floristique du Cap en Afrique du Sud. Les pays développés (Europe méditerranéenne, Californie, Australie) concentrent 91 % des études observationnelles, tandis que les régions du Sud, pourtant plus menacées par les sécheresses et les incendies extrêmes, n'en totalisent que 9 %. Ce déséquilibre illustre un biais de représentativité qui favorise les pays riches au détriment des zones les plus fragiles.
Parmi les 128 études basées sur des observations de terrain, seules 11 ont été intégrées aux rapports d'évaluation du GIEC, notamment celui publié en 2022. Hana Petersen, autrice principale de l'étude, souligne que la majorité des connaissances sur ces écosystèmes provient de modèles informatiques ou d'expériences en laboratoire. Or, ces outils doivent être confrontés à la réalité du terrain pour refléter la complexité des écosystèmes et établir des prévisions précises. Le manque de données directes limite la capacité des scientifiques à anticiper les changements futurs et à comprendre les mécanismes de résilience propres à chaque région.
Sur les 128 études analysées, seulement 3,1 % (soit 4 études) utilisent des méthodes suffisamment rigoureuses pour établir un lien de causalité entre le réchauffement climatique et les changements observés dans la végétation. Les 124 autres études constatent une coïncidence temporelle entre l'évolution du climat et celle des écosystèmes, mais sans prouver que le dérèglement climatique en est la cause. Cette lacune méthodologique empêche les chercheurs de distinguer l'impact réel du climat d'autres facteurs comme les incendies, l'urbanisation ou les espèces invasives. Hana Petersen explique que le croisement des observations entre différentes régions est essentiel pour anticiper les changements futurs, mais que cette approche est actuellement limitée par le manque de données fiables.
Le manque d'études observationnelles et la faible rigueur méthodologique des recherches existantes ont des conséquences graves pour la compréhension et la protection des écosystèmes les plus menacés. Sans données fiables, il est difficile d'évaluer avec précision l'impact du réchauffement climatique sur la biodiversité de ces régions. Les modèles climatiques, bien que utiles, ne peuvent remplacer les observations directes pour refléter la complexité réelle des écosystèmes. Les chercheurs soulignent l'urgence de combler ces lacunes pour guider les politiques de conservation et d'adaptation, notamment dans des zones où les épisodes de sécheresses et les incendies extrêmes sont de plus en plus fréquents.

