Cinquante ans après les massacres de Tel al-Za‘tar
Le 12 août 2026 marque le 50ème anniversaire du massacre de Tel al-Za‘tar, commis à Beyrouth par des milices d’extrême droite chrétiennes dont l’objectif était d’en finir avec la Résistance palestinienne et de « purifier » ethniquement l’est de Beyrouth. Dans cet entretien conduit par l’historien Tristan Hillion-Launey en mars 2024 et publié pour la première fois, Abd al-Muhsin Za‘tar (de son vrai nom Nabil Ma‘ruf), ancien responsable du Fatah et un des chefs du camp de Tel al-Za‘tar, revient sur ce terrible épisode.
En 1975, le Liban plonge dans une guerre civile opposant principalement des milices chrétiennes de droite et une coalition de gauche, le Mouvement national libanais (MNL), soutenue par les Palestiniens. Le 13 avril 1975 marque le début officiel des combats. En janvier 1976, des milices chrétiennes, regroupées sous le Front libanais, lancent une offensive pour chasser les Palestiniens et leurs alliés libanais de l’est de Beyrouth. Le camp de Tel al-Za‘tar, abritant environ 30 000 personnes, devient un symbole de la résistance palestinienne et un objectif stratégique pour les milices, qui veulent « purifier » ethniquement la région.
Le siège de Tel al-Za‘tar débute le 22 juin 1976 et dure 52 jours, jusqu’au 12 août. Les milices chrétiennes, soutenues par l’armée syrienne, coupent l’eau, l’électricité et les approvisionnements. Environ 60 000 obus sont tirés le premier jour, détruisant les habitations en tôles. Les habitants doivent se réfugier dans des abris improvisés, souvent chez des Libanais voisins. L’eau est rationnée et accessible uniquement près des lignes ennemies, où des femmes sont tuées en allant la chercher. Les réserves de nourriture s’épuisent, et des maladies comme les poux ou les infections se propagent. Les morts sont enterrés sous les maisons faute de pouvoir les transporter.
Les défenseurs du camp, principalement des membres du Fatah (mouvement de résistance palestinien) et des civils, résistent malgré des moyens très inférieurs. Les milices chrétiennes, comme les Phalanges ou les Tigres du Parti national libéral, utilisent une supériorité militaire écrasante. Les habitants doivent réutiliser l’eau plusieurs fois et fumer des feuilles de vigne séchées faute de tabac. Les blessés meurent faute de médicaments, et les morts s’accumulent. Pourtant, la direction du camp maintient la cohésion et envoie des patrouilles pour rapporter des vivres, sans perte humaine. Le camp tombe le 12 août après 52 jours de siège, avec environ 3 000 morts et 7 000 blessés.
Le Front libanais, coalition de milices chrétiennes de droite, vise à éliminer la présence palestinienne et ses soutiens libanais. L’armée syrienne intervient officiellement en juin 1976 pour soutenir le Front libanais, après avoir prétendu jouer un rôle de médiation. Le Fatah, dirigé par Abd al-Muhsin Za‘tar (Nabil Ma‘ruf), organise la défense du camp. D’autres acteurs comme le député arménien Khātchig Bābīkiyān ou le leader chiite Kāmil al-As‘ad interviennent pour négocier l’évacuation de quartiers comme Naba‘. Les milices chrétiennes incluent les Phalanges (Kataeb), les Tigres (du Parti national libéral) et les Gardiens du Cèdre.
La chute de Tel al-Za‘tar marque un tournant dans la guerre civile libanaise. Environ 3 000 Palestiniens et Libanais sont tués, et 7 000 blessés, principalement des civils. Les survivants sont expulsés ou contraints à l’exil. L’événement illustre une stratégie de *nettoyage ethnique* et de déshumanisation, où les milices cherchent à unifier Beyrouth-Est en chassant les populations non chrétiennes. *Abd al-Muhsin Za‘tar* établit un parallèle avec la situation à Gaza 50 ans plus tard, soulignant des similitudes comme l’exil forcé, la déshumanisation et la résistance malgré l’écrasement des moyens.

