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Géopolitique

Dans la plus grande fabrique d’antivenins d’Amérique latine

Courrier International · mis à jour il y a 3 h

Depuis plus d’un siècle, l’Institut Butantan de São Paulo conçoit des sérums antivenimeux. Expert reconnu en la matière, il sauve des centaines de Brésiliens de morsures mortelles chaque année et commence à exporter son savoir-faire.

Un géant brésilien

L’Institut Butantan, situé dans la banlieue de São Paulo au Brésil, est le plus grand centre de production d’antivenins d’Amérique latine. Fondé en 1901 pour lutter contre une épidémie de peste bubonique, il est aujourd’hui spécialisé dans la fabrication de sérums capables de neutraliser les venins de serpents, scorpions et autres animaux venimeux. Chaque année, il produit jusqu’à 350 000 fioles d’antivenins, ce qui en fait un acteur clé de la santé publique brésilienne. Son expertise est reconnue internationalement, et il commence à exporter son savoir-faire, notamment vers d’autres pays d’Amérique latine et au-delà.

Des serpents à haut risque

L’Institut Butantan abrite l’une des plus grandes collections de serpents venimeux au monde, avec cinq des espèces les plus dangereuses du Brésil. Parmi elles, le Bothrops insularis, un serpent rare endémique d’une petite île inhabitée du sud du pays, est si menacé que des braconniers le revendent jusqu’à 20 000 dollars sur le marché noir. Ces serpents sont élevés dans des vivariums sécurisés, où leur venin est extrait avec précaution pour produire les sérums. Le processus nécessite une manipulation rigoureuse, car une seule morsure de ces espèces peut être mortelle pour l’homme.

Un siècle d’innovation

Depuis sa création il y a plus de 120 ans, l’Institut Butantan a accumulé un savoir-faire unique en matière de production d’antivenins. À l’origine, il utilisait des chevaux pour produire des sérums, une méthode aujourd’hui remplacée par des techniques plus modernes. Le bâtiment historique de l’institut conserve encore des traces de cette époque, comme des dalles marquées par les enclos des chevaux ou des étagères garnies de revues scientifiques reliées en peau de serpent. Ces vestiges rappellent l’évolution des méthodes de production et l’adaptation constante de l’institut aux besoins de la médecine moderne.

Un impact sanitaire majeur

Grâce à l’Institut Butantan et à son intégration dans le système de santé public brésilien, les morsures de serpents sont bien moins mortelles en Amérique latine que dans la plupart des autres régions du monde. Le Brésil produit la majorité des antivenins utilisés dans le pays, ce qui permet de sauver des centaines de vies chaque année. L’institut collabore également avec d’autres centres de recherche internationaux pour améliorer les traitements et développer de nouveaux sérums, renforçant ainsi sa réputation de leader en toxicologie et en immunologie.

Un trésor scientifique

L’Institut Butantan ne se limite pas à la production d’antivenins. Il abrite également une collection de serpents menacés, dont certaines espèces sont si rares qu’elles sont protégées par des lois strictes. Par exemple, le Bothrops insularis est si précieux que sa capture est interdite et que sa vente est passible de lourdes peines. Ces serpents jouent un rôle crucial dans la recherche médicale, car leur venin contient des molécules uniques qui pourraient inspirer de nouveaux médicaments. L’institut participe ainsi à la préservation de la biodiversité tout en contribuant à l’avancée de la science.

Ce que ça pourrait changer

Fort de son expertise, l’Institut Butantan commence à exporter son savoir-faire à l’international. Son modèle, qui combine recherche, production et formation, intéresse de nombreux pays confrontés à des problèmes similaires de morsures d’animaux venimeux. En partageant ses techniques et en collaborant avec des institutions étrangères, l’institut brésilien contribue à réduire la mortalité liée aux venins dans le monde. Cette ouverture marque une nouvelle étape dans son histoire, tout en renforçant son rôle de référence en matière de toxicologie et de santé publique.

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