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Géopolitique

“Tout ce qu’il me reste de lui” : en Russie, le combat des veuves de soldats pour avoir un enfant

Courrier International · mis à jour il y a 21 j

Des cliniques refusent à des femmes d’utiliser le sperme ou les embryons congelés de leur conjoint mort ou porté disparu en Ukraine en raison d’un vide juridique. Le média indépendant russe “Verstka” relate la lutte de ces femmes pour obtenir gain de cause..

Conservation du sperme

En Russie, des soldats engagés en Ukraine font conserver leur sperme avant de partir au front, une procédure appelée cryoconservation. Cette technique consiste à congeler des cellules reproductives masculines à très basse température (-196°C) pour les préserver sur le long terme. Dans l’article, le cas de Valeria illustre cette pratique : son mari, soldat russe tué en Ukraine, avait fait conserver son sperme dans une clinique moscovite. Les établissements russes conservent ainsi des échantillons de sperme de soldats, comme à Ekaterinbourg où près de 100 échantillons sont stockés. Ces cellules représentent pour les familles une dernière trace de leurs proches disparus, mais leur utilisation soulève des questions juridiques et éthiques complexes.

Procès des veuves

Face à la mort de leur conjoint, des épouses ou compagnes de soldats russes engagent des procédures judiciaires pour utiliser le sperme conservé, afin de concevoir un enfant via une fécondation in vitro (FIV). Valeria, dont le mari est mort en Ukraine, a dû saisir la justice après que la clinique ait menacé de détruire le matériel génétique. Depuis deux ans, au moins huit régions russes ont vu des recours similaires. Les tribunaux tranchent au cas par cas, comme à Saratov où une veuve s’est vue interdire le transfert d’un embryon, ou à Oufa où un juge a autorisé une FIV en estimant que le soldat avait anticipé sa mort en déposant son sperme.

Obstacles juridiques

La législation russe ne prévoit pas de cadre clair pour l’utilisation du sperme ou des embryons après la mort d’un soldat. Pour réaliser une FIV, les deux parents doivent signer des consentements à plusieurs étapes, mais aucun texte n’indique comment procéder si l’un des deux est décédé ou porté disparu. Des cliniques refusent donc des demandes, comme celle de Natalia dont le mari combat toujours en Ukraine. Les procédures judiciaires sont longues et coûteuses : Valeria mène son procès depuis un an, et une femme a payé 747 000 roubles (8 300 €) pour deux tentatives de FIV. Certaines épouses, comme cette dernière, évoquent même que leur conjoint s’est engagé pour financer la FIV.

Cas emblématiques

Parmi les affaires les plus médiatisées, celle de Maria Sokolova, 44 ans, dont le compagnon, lieutenant-colonel tué en Ukraine, n’était pas marié. La justice a autorisé l’utilisation de son sperme, et elle serait la première à être tombée enceinte après un tel procès, selon son avocate. D’autres litiges concernent la filiation des enfants nés plus de 300 jours après la mort du père, qui doivent faire reconnaître leur statut pour toucher une pension de réversion. Ces cas révèlent les tensions entre les attentes des familles et les lacunes du droit russe, notamment sur la transmission des droits parentaux post-mortem.

Ce que ça pourrait changer

Pour combler ce vide juridique, la Douma (chambre basse du Parlement russe) a adopté en première lecture en mai 2026 un projet de loi. Ce texte prévoit une FIV gratuite pour les épouses et veuves de soldats, sous conditions : ne pas s’être remariées et disposer d’un accord notarié du défunt. La loi pourrait entrer en vigueur le 1er décembre 2026. Elle vise à répondre à une situation humanitaire urgente, mais son application reste incertaine. En attendant, les familles doivent se battre devant les tribunaux, souvent sans garantie de succès, dans un contexte où la guerre en Ukraine continue de faire des victimes.

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