À la recherche du Québec : comment va Greta?
Longtemps la cause la plus courue, le climat n’attire plus. Ses ardents défenseurs se sont retirés, battus..
En septembre 2026, deux figures majeures de la lutte climatique au Québec, Steven Guilbeault et Laure Waridel, quittent leurs postes respectifs : le premier était ministre de l'Environnement dans le gouvernement Carney, tandis que la seconde signe sa dernière chronique dans le Journal de Montréal. Steven Guilbeault et Laure Waridel étaient les fondateurs d'Équiterre, une organisation créée en 1993 pour promouvoir des modes de vie durables et influencer les politiques environnementales. Leur départ est perçu comme symbolique par Dominic Champagne, un autre militant climatique, qui les considère comme des leaders historiques du mouvement. Équiterre a joué un rôle clé dans les débuts de la mobilisation pour le climat au Québec, en plaidant pour des actions collectives et des politiques publiques ambitieuses pour lutter contre les changements climatiques.
Dominic Champagne exprime un sentiment de deuil face à l'état actuel de la lutte climatique. Il explique que son engagement était motivé par une nostalgie pour un monde en bonne santé, aujourd'hui disparu. Pour illustrer ce sentiment, il offre deux livres à l'auteur de l'article : un recueil de poésie sur la guerre et un essai intitulé Comment vivre dans la cendre?, qui interroge la possibilité de trouver un sens dans un monde en crise. Champagne précise qu'il ne souhaite plus imposer sa dépression sur les autres, mais son désarroi reflète l'état d'esprit de nombreux militants après des années de combat sans résultats tangibles. Il évoque également Greta Thunberg, la militante suédoise devenue symbole des grèves pour le climat, dont il suit toujours l'évolution, notamment son élargissement du combat à la cause palestinienne.
En 2019, Dominic Champagne a orchestré à Montréal une manifestation climatique massive, le Jour de la Terre, où un demi-million de personnes ont marché derrière Greta Thunberg. Cet événement a marqué un tournant en faisant de la crise climatique un enjeu politique incontournable au Québec. À l'époque, la Coalition avenir Québec (CAQ), alors au pouvoir, était critiquée pour son manque d'ambition environnementale. Cependant, après cette mobilisation, le premier ministre François Legault a déclaré que 2020 serait l'année de l'environnement au Québec, montrant l'impact de la pression citoyenne sur les décisions politiques. Malheureusement, la pandémie de COVID-19 a ensuite relégué ces promesses au second plan.
Dominic Champagne dénonce le silence actuel des dirigeants politiques sur la crise climatique, qu'il juge honteux et lâche. Il souligne que les politiciens évitent le sujet car il n'est pas « payant » électoralement, malgré l'urgence grandissante. Il cite des données alarmantes : selon The Lancet Countdown, la chaleur tue environ 546 000 personnes par an dans le monde. Champagne compare cette situation à une « chambre à gaz » en devenir et critique l'absence de courage politique, rappelant que des leaders comme Winston Churchill ont su mobiliser leurs peuples face à des défis majeurs. Pour lui, le Québec et le Canada doivent faire preuve de la même détermination pour affronter la crise climatique.
Dominic Champagne évalue les positions environnementales des principaux partis politiques québécois en 2026. Il juge le Parti québécois (PQ) et Québec solidaire (QS) timides et manquant de vision sur le climat. Le Parti conservateur du Québec, dirigé par Éric Duhaime, est critiqué pour ses positions, mais Champagne reconnaît qu'il est au moins honnête sur ses intentions. Concernant la Coalition avenir Québec (CAQ), il reproche au gouvernement Carney d'avoir reculé sur plusieurs dossiers environnementaux, comme la filière batterie ou l'exploration du gaz de schiste, sous prétexte de s'aligner sur les positions des États-Unis. Il cite notamment la possibilité de rouvrir l'exploitation du gaz de schiste au Québec, fermée depuis 2022, ou le projet controversé de l'usine d'hydrogène vert TES Canada en Mauricie, qui suscite une forte opposition locale.
Interrogé sur une éventuelle candidature politique, Dominic Champagne propose une mesure originale : rétablir un jour férié obligatoire le dimanche. Cette journée, distincte de la croissance économique, permettrait aux citoyens de se reposer, de partager des repas, de discuter et de réfléchir. Il suggère que cette initiative favoriserait la vie de l'esprit et donnerait aux gens le temps de s'interroger sur les enjeux sociétaux. Cette proposition reflète sa volonté de repenser les priorités collectives et de redonner une place centrale à la réflexion citoyenne dans le débat public. Il quitte l'entretien en invitant l'auteur à poursuivre sa route, laissant planer une certaine mélancolie sur l'avenir du Québec face aux défis climatiques.

