Pour la rentrée scolaire en Russie, l’école se transforme en une usine à bons patriotes
Pour la cinquième rentrée depuis le début de l’invasion de l’Ukraine, les écoles russes renforcent encore la place accordée au patriotisme, à l’idéologie et à la préparation militaire. De nouveaux programmes, des manuels uniques et le retour des notes de conduite accompagnent ce virage..
Pour la cinquième année consécutive depuis le début de l’invasion de l’Ukraine en 2022, la Russie renforce à la rentrée scolaire 2026 l’enseignement patriotique et idéologique dans ses écoles. Cette rentrée marque une intensification des mesures éducatives destinées à façonner des citoyens alignés sur la vision du pouvoir. Les établissements scolaires, comme le lycée n°11 de Krasnoïarsk, organisent des cérémonies de rentrée où des anciens combattants, comme Alexandre Klaus, tiennent des discours martiaux. Klaus, vétéran de la guerre en Ukraine, a par exemple déclaré aux élèves : « Pour que le monde entier parle russe, apprenez le fonctionnement d’une kalachnikov », avant de conclure par « La victoire sera à nous ». Ces discours s’inscrivent dans une stratégie plus large de mobilisation idéologique, où l’école devient un outil de propagande au service de l’État.
Selon le site d’investigation russe en exil Agentstvo, sept nouvelles initiatives à caractère propagandiste ont été mises en place pour cette rentrée scolaire 2026 en Russie, soit trois fois plus qu’en 2025. Parmi ces mesures, on observe un renforcement des programmes d’histoire, une réduction des heures consacrées aux langues étrangères au profit de la « culture spirituelle et morale », et l’introduction d’une nouvelle matière intitulée « culture spirituelle, morale et patriotique ». Les manuels scolaires, comme ceux de 2023, intègrent désormais des portraits du président Vladimir Poutine, symbolisant l’alignement de l’éducation sur la ligne politique du Kremlin. Ces changements reflètent une volonté de contrôler davantage le contenu éducatif pour en faire un outil de diffusion de l’idéologie officielle.
Le quotidien économique russe Kommersant souligne que les heures dédiées à l’apprentissage des langues étrangères ont été réduites pour les élèves de la sixième à la quatrième année (équivalent du collège en France). Cette décision s’inscrit dans une logique de priorisation des matières jugées plus alignées avec les valeurs patriotiques. Parallèlement, le temps consacré à l’histoire est augmenté, et une nouvelle discipline, la « culture spirituelle, morale et patriotique », fait son apparition dans les emplois du temps. Cette matière vise à inculquer aux élèves les valeurs du régime, comme le respect de l’autorité, l’amour de la patrie et la loyauté envers l’État. Ces ajustements reflètent une volonté de recentrer l’éducation sur des objectifs idéologiques plutôt que sur l’ouverture culturelle ou linguistique.
En complément des changements de programmes, la Russie réintroduit les notes de conduite (ou notes de comportement), une pratique abandonnée après la chute de l’URSS en 1991. Ces notes, qui évaluent le comportement des élèves en classe et leur adhésion aux valeurs patriotiques, seront intégrées aux bulletins scolaires. Elles visent à encourager une discipline stricte et une conformité aux normes sociales promues par l’État. Cette mesure s’ajoute à d’autres initiatives, comme l’organisation de cérémonies militaires dans les écoles ou la participation d’anciens combattants à des interventions en classe. Ces actions s’inscrivent dans une stratégie globale de militarisation de la société et de glorification de la guerre.
Ces mesures éducatives surviennent dans un contexte géopolitique marqué par la poursuite de la guerre en Ukraine, entrée dans sa cinquième année en 2026. La Russie, isolée sur la scène internationale, cherche à renforcer sa cohésion interne en mobilisant les jeunes générations autour d’un récit nationaliste et guerrier. L’école devient ainsi un outil central de cette stratégie, où l’enseignement de l’histoire est réécrit pour mettre en avant les victoires passées de la Russie et minimiser les échecs ou les critiques. Les médias indépendants, comme **Sota Vision** ou **Agentstvo**, soulignent que ces réformes visent à créer une génération de citoyens prêts à soutenir le régime, quelles que soient les circonstances, et à perpétuer l’effort de guerre.

