Un projet de data center à 1, 5 milliard d'euros suspendu par la justice
Pour la première fois en France, un projet de data center a été suspendu en référé par la justice, dans la Drôme. Une victoire provisoire, due à l'absence d'étude d'impact environnemental pour ce projet estimé à 1,5 milliard d'euros.
Un projet de data center (centre de données) d'un coût de 1,5 milliard d'euros, porté par l'entreprise Equinix, a été suspendu par la justice dans la Drôme. Ce projet, d'une superficie de 12 hectares, prévoyait la construction d'un centre de traitement et de stockage de données numériques, essentiel pour les services en ligne comme les moteurs de recherche, les réseaux sociaux ou les services bancaires. Ces infrastructures sont gourmandes en énergie et en eau, car elles nécessitent un refroidissement constant pour éviter la surchauffe des serveurs. La localisation en Drôme, dans le sud-est de la France, a été choisie pour son climat tempéré, favorable à ce type d'installation. Le projet devait créer environ 150 emplois directs et 300 emplois indirects, selon les estimations initiales.
La justice a suspendu le projet le 15 mars 2024, à la demande de militants écologistes et d'associations locales, dont France Nature Environnement et Les Amis de la Terre. Cette décision fait suite à un recours déposé contre l'autorisation environnementale délivrée en 2023 par la préfecture de la Drôme. Les juges ont estimé que l'étude d'impact environnemental, obligatoire pour tout projet industriel de cette envergure, était insuffisante. Ils ont notamment pointé du doigt l'absence d'analyse précise sur la consommation future d'eau et d'électricité du data center, ainsi que sur les risques de pollution des sols et des nappes phréatiques. La suspension signifie que les travaux ne peuvent pas commencer tant que ces lacunes ne sont pas comblées.
Les associations opposées au projet dénoncent son impact environnemental disproportionné pour une région déjà soumise à des tensions sur les ressources en eau, notamment en période estivale. Un data center de cette taille pourrait consommer jusqu'à 100 millions de litres d'eau par an pour son refroidissement, soit l'équivalent de la consommation annuelle de 3 000 foyers. De plus, sa consommation électrique pourrait atteindre 100 mégawatts, soit la production de deux réacteurs nucléaires de type EPR. Les militants soulignent que ces infrastructures, souvent présentées comme neutres en carbone grâce à des compensations, aggravent en réalité la pression sur les ressources locales et contribuent à l'artificialisation des sols. Ils rappellent aussi que la Drôme est classée en zone de stress hydrique par les autorités.
Le groupe **Equinix**, leader mondial des *data centers*, a réagi en affirmant qu'il allait « travailler avec les autorités pour répondre aux exigences de la justice ». L'entreprise a déjà investi 50 millions d'euros dans des études complémentaires et promet de réduire l'empreinte écologique du projet, notamment en utilisant des énergies renouvelables et des systèmes de refroidissement plus sobres. De leur côté, les associations demandent l'abandon pur et simple du projet, invoquant le principe de précaution. La préfecture de la Drôme a jusqu'au 15 avril 2024 pour transmettre une nouvelle étude d'impact, qui sera ensuite examinée par le tribunal administratif de Grenoble. Une décision définitive sur la reprise ou l'abandon du projet est attendue d'ici l'été 2024.

