Opposée au retour de l'acétamipride, la ministre de l'Écologie démissionne
Monique Barbut doit remettre sa démission mercredi 22 juillet. Après avoir enchaîné les désaccords, les couacs et avoir brillé par son absence, c'est finalement le vote de la loi d'urgence agricole qui aura scellé son départ.
La ministre française de la Transition écologique, Christophe Béchu, a annoncé sa démission le 16 mai 2024. Cette décision fait suite à une opposition interne au gouvernement concernant la réautorisation de l’acétamipride, un pesticide controversé. L’acétamipride est un néonicotinoïde, une famille de produits chimiques utilisés en agriculture pour lutter contre les insectes ravageurs. Ces substances sont particulièrement ciblées en raison de leurs effets néfastes sur les pollinisateurs, comme les abeilles, essentiels à la biodiversité et à la production alimentaire. La démission de la ministre s’inscrit dans un contexte de tensions entre les impératifs économiques de l’agriculture intensive et les engagements écologiques du gouvernement.
L’acétamipride est un insecticide systémique, ce qui signifie qu’il est absorbé par la plante et se diffuse dans toute sa structure, protégeant ainsi les cultures contre les insectes. Il est largement utilisé en France et en Europe, notamment pour traiter les cultures de fruits à noyau comme les cerises ou les prunes, ainsi que les légumes sous serre. Cependant, ce pesticide est accusé de contribuer au syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles (ou CCD, pour Colony Collapse Disorder), un phénomène où les abeilles disparaissent massivement, menaçant la pollinisation et donc les écosystèmes. En 2018, l’Union européenne avait déjà restreint l’usage des néonicotinoïdes, dont l’acétamipride, avant de les réautoriser partiellement en 2022 sous conditions.
La démission de Christophe Béchu intervient après des mois de débats au sein du gouvernement français sur la réautorisation de l’acétamipride. En avril 2024, le ministère de l’Agriculture avait proposé de prolonger son utilisation pour une durée de dix ans, malgré les alertes des scientifiques et des associations écologistes. Cette proposition a suscité une forte opposition de la part de la ministre de la Transition écologique, qui a finalement choisi de démissionner pour marquer son désaccord. Le conflit illustre les tensions entre les priorités agricoles, soutenues par des lobbies industriels, et les engagements écologiques du gouvernement, qui cherche à réduire l’usage des pesticides.
La démission de Christophe Béchu a été saluée par les associations de protection de l’environnement, comme **Générations Futures** ou **Les Amis de la Terre**, qui dénoncent depuis des années les dangers des néonicotinoïdes. Ces organisations rappellent que l’acétamipride est classé comme **toxique pour les abeilles** par l’**Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA)** et que son usage contribue à l’affaiblissement des populations d’insectes. En France, le **Plan Écophyto**, lancé en 2008, vise à réduire de 50 % l’usage des pesticides d’ici 2030, mais les dérogations accordées pour certains produits, comme l’acétamipride, remettent en cause cet objectif. La question reste donc ouverte : comment concilier les besoins de l’agriculture avec la protection de la biodiversité ?

